Les Échos de l'éco
Votre espace, votre expérience Créez votre Une Posez vos questions à nos auteurs Jouez à nos jeux Accédez à des fonctionnalités réservées aux membres Créez votre compte maintenant et devenez membre des échos
Logo échos de l'éco
Menu
© 2026 Les échos de l'éco

Du Nigeria au Gabon : pourquoi payer son fournisseur reste un parcours compliqué ?

Partager
Retrouvez-nous sur Google
Écouter
Du Nigeria au Gabon : pourquoi payer son fournisseur reste un parcours compliqué ?

Acheter des marchandises au Nigeria ou au Ghana, puis les revendre au Gabon. Pour certains importateurs, la difficulté ne se limite pas au transport ou aux formalités douanières. Régler une facture peut également devenir un parcours coûteux. Le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) entend simplifier ces opérations. Mais cette solution répond-elle aux préoccupations des petites entreprises ?

Dans sa boutique du quartier London à Libreville, Synday Obi vend des marchandises qu'il importe régulièrement du Nigeria. Pour renouveler son stock, il doit passer commande auprès de ses fournisseurs, organiser le transport et trouver le moyen de régler ses factures.

C'est précisément à cette dernière étape que les choses peuvent se compliquer. Entre le franc CFA utilisé au Gabon et le naira nigérian, les circuits bancaires traditionnels peuvent imposer une conversion intermédiaire en euro ou en dollar. « Mon fournisseur est au Nigeria, moi, je suis au Gabon. Nous sommes tous les deux en Afrique, mais pour lui envoyer son argent, je dois parfois passer par plusieurs opérations. Ce que je souhaite, c'est pouvoir payer directement, connaître les frais à l'avance et recevoir rapidement la confirmation du règlement », explique cet importateur d'origine nigériane.

Quand les frais bancaires pèsent sur les marges

Pour les petites entreprises, chaque dépense supplémentaire compte. Aux coûts de transport, de douane et de stockage peuvent s'ajouter ceux liés aux transactions bancaires internationales. Une charge qui peut peser sur leur trésorerie, notamment lorsque les fournisseurs exigent d'être payés avant l'expédition des marchandises.

« Quand vous passez une commande, vous calculez déjà le transport, les taxes et votre marge. Si le paiement entraîne encore des frais supplémentaires ou prend plusieurs jours, cela complique votre activité. Pour une petite entreprise, immobiliser de l'argent aussi longtemps peut devenir un problème », ajoute Synday Obi.

Pourquoi l'argent fait-il ce détour ?

Cette situation tient notamment à la fragmentation des systèmes de paiement africains. Si les six pays de la CEMAC partagent une monnaie commune, les transactions avec d'autres espaces monétaires peuvent encore nécessiter le recours à des banques correspondantes internationales.

« Deux entreprises africaines peuvent commercer ensemble sans que leurs banques disposent d'un circuit direct de règlement. Selon les établissements et les devises concernés, le paiement passe alors par une banque correspondante. Cela peut multiplier les opérations de conversion et entraîner des coûts supplémentaires », explique un expert bancaire.

Pour réduire cette dépendance, Afreximbank, en collaboration avec l'Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf, développe le Système panafricain de paiement et de règlement, plus connu sous le sigle PAPSS. Son objectif est de permettre aux entreprises d'effectuer des paiements transfrontaliers en monnaies locales, par l'intermédiaire des établissements financiers participants.

Une solution pour les PME gabonaises ?

Sur le papier, le dispositif pourrait faciliter les règlements entre opérateurs économiques du continent. Encore faut-il que les banques concernées soient connectées au système et que leurs clients puissent effectivement accéder à ce service.

« Pour les PME, l'intérêt du PAPSS sera concret si elles peuvent payer leurs fournisseurs africains plus rapidement et à moindre coût. Mais son efficacité dépendra de l'adhésion des banques commerciales, de son articulation avec la réglementation des changes et surtout de son accessibilité aux opérateurs économiques », affirme un économiste spécialiste des questions financières.

Pour les importateurs gabonais, l'enjeu dépasse donc la seule innovation bancaire. Il s'agit de pouvoir s'approvisionner sur les marchés du continent sans que le règlement des factures constitue un obstacle supplémentaire. Car si l'Afrique ambitionne de commercer davantage avec elle-même, elle doit aussi permettre à ses entreprises de se payer plus facilement.

Posez une question à l'auteur

Une précision à demander, un point à éclaircir, un avis contraire à faire valoir ? JR DJOUE DABANY vous répond directement, et sa réponse vous attendra dans votre espace.