Au terme de sa mission à Libreville, l'équipe du Fonds monétaire international a publié une déclaration prudente. Elle a examiné l'audit de la dette et le budget 2027, sans valider aucun chiffre et sans ouvrir de négociations. Les discussions techniques se poursuivront « dans les semaines à venir ».
Le texte tient en quelques paragraphes, mais chaque mot a été pesé. Le 26 septembre, le FMI a publié la déclaration de fin de mission de l'équipe conduite par Aliona Cebotari, Cheffe de la Délégation du Fonds Monétaire International, présente à Libreville du 14 au 25 septembre. Elle confirme que le dialogue avance, mais qu'il n'a pas encore atteint le stade de la négociation.
Le Fonds le précise lui-même : cette visite « ne donnera pas lieu à un débat au sein du Conseil d'administration ». Il ne s'agissait donc ni d'une consultation au titre de l'article IV, ni d'une négociation formelle. L'équipe est venue mener des « discussions techniques » sur « l'évolution et les perspectives des finances publiques », dans le cadre de la demande de programme formulée par le gouvernement en mars. Selon la cheffe de mission, ces discussions se poursuivront « dans les semaines à venir afin de préparer le terrain pour des négociations sur un programme ». Le programme reste ainsi un objectif : le Fonds prépare le terrain, il ne négocie pas encore.
Un audit examiné, mais pas validé
Le premier sujet cité par Aliona Cebotari porte sur « les conclusions de l'audit de la dette publique ». Le 13 septembre, le gouvernement a arrêté le stock de dette et de passifs exigibles à 9 524,6 milliards de FCFA, contre une estimation initiale proche de 11 700 milliards. Rapporté à un PIB rebasé de 13 822 milliards, ce montant ramène le ratio d'endettement à 68,91 %, juste sous le plafond communautaire de 70 %. Le rapport détaillé n'a pas été rendu public et a été transmis au FMI.
La déclaration du Fonds ne reprend ni ce montant, ni ce ratio, et n'en fait aucune appréciation. Le FMI confirme avoir examiné l'audit, sans dire s'il en adopte les résultats. Ce silence n'est ni un désaveu ni une validation. Il signifie que la vérification se poursuit. Or c'est bien le chiffre que retiendra le Fonds, et non celui qu'avance Libreville, qui conditionnera l'analyse de soutenabilité de la dette et donc l'ouverture des négociations.
Le budget 2027, premier test
Les échanges ont aussi porté sur « les projets de politique budgétaire pour 2027 ». Le projet de loi de finances, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre à Port-Gentil, s'élève à 6 223,1 milliards de FCFA, en hausse de 727,9 milliards par rapport à la loi de finances rectificative 2026. Il durcit nettement le régime des exonérations fiscales et douanières. Les avantages conventionnels devront désormais respecter un plancher de TVA de 5 % et, pour les autres impôts, un minimum de 25 % de l'imposition de référence. Le 8 septembre, le gouvernement avait déjà suspendu ces avantages, après avoir évalué le manque à gagner à 283 milliards de FCFA à fin juillet.
Le Fonds ne se prononce pas sur ce texte. Mais le fait qu'il figure dans la déclaration confirme que le budget 2027 sera le premier test de crédibilité de la trajectoire gabonaise aux yeux de Washington.
La seule appréciation positive affirmée de la déclaration concerne les réformes. L'équipe évoque le « programme ambitieux de réformes structurelles des autorités visant à améliorer la gestion des finances publiques ». Le terme salue une intention. La mise en œuvre reste à démontrer.
La dette domine l'agenda
Le niveau des interlocuteurs montre l'importance de la séquence. La délégation a été reçue par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, par les vice-présidents Alexandre Barro Chambrier et Hermann Immongault, par le ministre de l'Économie et des Finances Thierry Minko et par la ministre de la Planification Louise Pierrette Mvono. Elle a aussi rencontré la Taskforce présidentielle sur la dette, la Banque des États de l'Afrique centrale et des représentants du secteur financier. La présence de la Taskforce confirme que la dette reste au centre des discussions.
Le calendrier, lui, se resserre. Libreville et le FMI espéraient conclure un accord d'ici la fin de l'année. Il reste un trimestre pour s'accorder sur les chiffres, ouvrir les négociations et les mener à terme. En clair, tout dépend désormais de la vérification des chiffres de la dette.