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Gabon : Clément Ndong Mba, l'homme qui croyait encore à la terre, s' en est allé .

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Gabon : Clément Ndong Mba, l'homme qui croyait encore à la terre, s' en est allé .

Clément Ndong Mba, ancien député et ancien membre du gouvernement gabonais, est décédé le 2 novembre 2026 à la clinique Chambrier de Libreville des suites d'une affection médicale, a confirmé sa famille. Il était connu dans le Woleu-Ntem, sa province d'origine, sous le surnom d'« Ébôgno ».


Derrière le parcours d'un ancien député et ancien ministre, il y avait un homme qui, à un moment de sa vie, avait choisi de retourner dans son Woleu-Ntem natal pour planter des fruits de la passion. Pas pour le folklore. Pour essayer.

Ce  début de semaine , dans le canton  Kyé, on n'a pas seulement perdu un responsable politique. On a perdu un voisin, un propriétaire terrien, un homme qui connaissait les sentiers entre Oyem et Bitam et qui, à la fin de sa vie, préférait parler de récoltes plutôt que de postes ministériels.

Le politique qui descendait dans les villages

Il faut se souvenir de juillet 2020. Clément Ndong Mba avait alors quitté les salons de Libreville pour sillonner le Woleu-Ntem. D'Oyem à Bitam, de Minvoul à Mitzic. Il allait voir les gens. Il s'asseyait avec eux. Il leur parlait du fruit de la passion comme d'une possible sortie de la précarité.

Ce n'était pas un discours de meeting. C'était une proposition concrète : créer une plantation appelée « Woleu-Ntem », réunir des propriétaires de parcelles d'au moins deux hectares, les rémunérer chaque mois selon leurs récoltes. L'idée était simple, presque évidente : donner aux villageois un revenu régulier au lieu de les laisser attendre une saison hypothétique.

Lui-même se présentait comme un « bénévole en agriculture ». Le mot était juste. Il n'avait pas besoin de cela. Il aurait pu se contenter de ses titres et de sa retraite politique. Il a choisi de retourner à la terre.

Ce que son projet disait du Gabon

Il y a une forme de mélancolie à relire aujourd'hui ce que Clément Ndong Mba proposait en 2020. Le Gabon possède des millions d'hectares cultivables, mais importe une grande partie de ce qu'il mange. Tout le monde le sait. Tout le monde le dit. Peu de gens vont réellement voir les paysans pour leur proposer autre chose.

Lui l'a fait. Il avait pris des contacts avec des opérateurs étrangers, envisagé un partenariat avec le ministère de l'Agriculture. Il parlait de marchés européens, nord-américains. Pas par naïveté, mais parce qu'il croyait qu'un village du Woleu-Ntem pouvait exporter. Que ce n'était pas réservé à d'autres.

On ne sait pas jusqu'où son projet a été concrétisé. Les sources contactées  par notre rédaction documentent la campagne de sensibilisation, les contacts, l'ambition. Elles ne permettent pas de dire si la plantation a vraiment existé à grande échelle. Il y a des financements annoncés, des promesses, et puis le silence des archives. C'est souvent ainsi, au Gabon, pour les initiatives portées par des individus plutôt que par des institutions.

Une question qui reste posée

Clément Ndong Mba est mort au moment où l'État gabonais relance justement ses projets agricoles. Le Plan de transformation des systèmes alimentaires 2026-2030, le Fonds stratégique agricole, les 145 tracteurs distribués, les 120 milliards de francs CFA pour la filière avicole. Sur le papier, tout cela ressemble à ce que Ndong Mba tentait de faire seul, six ans plus tôt, avec ses moyens et ses réseaux.

Son projet prévoyait la création d'une plantation dénommée « Woleu-Ntem », à laquelle auraient participé des propriétaires de parcelles d'au moins deux hectares, rémunérés mensuellement en fonction de leurs récoltes. L'objectif affiché : structurer une production collective, régulière et de qualité, capable d'intéresser des marchés européens et nord-américains. Il disait avoir pris des contacts avec des opérateurs économiques étrangers et envisageait un partenariat avec le ministère de l'Agriculture.

Interrogé à l'époque, il se présentait comme un « bénévole en agriculture », mettant son expérience et ses réseaux au service d'une activité productive.

Un précédent dans le débat sur la diversification

L'initiative de Ndong Mba illustre une thèse récurrente dans le débat économique gabonais : la diversification passe par l'organisation des producteurs, la sécurisation des débouchés et la transformation des ressources locales en revenus. Le Gabon dispose d'environ 5,2 millions d'hectares de terres cultivables, mais l'agriculture représente moins de 5 % du PIB et les importations alimentaires dépassent le milliard de dollars par an.

Une génération de responsables enracinés

Pour le canton Kyé et le Woleu-Ntem, la disparition de Clément Ndong Mba renvoie à une génération de responsables politiques qui ont occupé des fonctions nationales tout en conservant un lien avec leur territoire d'origine.

Au-delà des hommages, son parcours pose une question toujours actuelle : comment donner aux populations rurales les moyens de vivre durablement de leur terre ? Les réformes en cours prétendent y répondre. L'expérience de Ndong Mba, elle, rappelle que la réponse ne se joue pas uniquement dans les ministères.

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