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Dr Ovono Nkomo, l'âme gabonaise de la médecine traditionnelle chinoise

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Dr Ovono Nkomo, l'âme gabonaise de la médecine traditionnelle chinoise

Dans les couloirs de l'hôpital de la coopération sino-gabonaise, à Libreville, un homme circule entre les salles de soins. Blouse blanche, aiguilles d'acupuncture à portée de main, le Professeur Ovono Nkomo soigne ses patients gabonais avec des gestes appris en Chine. Premier Gabonais titulaire d'un doctorat en médecine traditionnelle chinoise (MTC), sa carrière est un pont entre deux mondes qu'il porte en lui à parts égales

Le déclic de Shanghai

Avant Shanghai, il y a eu le Lycée national Léon-Mba, et la série D. Le jeune bachelier décroche trois propositions de bourse : France, États-Unis, Chine. Il choisit cette dernière, une bourse destinée à la médecine moderne, non à la MTC, alors étrangère à son horizon.

Tout commence en 2004. Ovono Nkomo, jeune étudiant en médecine occidentale boursier du gouvernement gabonais, est envoyé en stage dans un hôpital de Shanghai. C'est là, au contact des patients chinois, qu'il assiste à ce qu'il décrit lui-même comme des « effets magiques » : des aiguilles et des plantes venant à bout de pathologies que la médecine occidentale peinait à soulager. L'impression est si forte qu'elle se transforme en conviction. Il veut ramener cette pratique ancestrale au Gabon.
Le déclic tient aussi, dit-il, au programme académique lui-même, consacré en partie à l'histoire de la médecine chinoise. « C'est à partir de ce moment qu'apparaît le sentiment d'amour entre moi et la médecine chinoise », résume-t-il.

L'idée se heurte au scepticisme. À un an de décrocher sa licence de médecine occidentale, financée par l'État gabonais, il ne trouve guère de soutien. « Vous savez, au Gabon, nous sommes habitués à la médecine occidentale. C'est normal », reconnaît-il, sans amertume. Il réplique : « Si nous voulons développer la médecine occidentale, construire des hôpitaux, nous avons besoin de bonnes infrastructures de communication, de bonnes routes, de moyens matériels, comme de l'argent », explique-t-il. « Mais pour la médecine chinoise, nous n'en avons pas besoin. La médecine chinoise, nous y avons un accès naturel, et elle est bien moins chère. »

Le choix, et le sacrifice

En septembre 2005, Ovono Nkomo saute le pas. Il renonce à sa bourse gouvernementale et au diplôme de médecine occidentale déjà à portée de main, pour s'inscrire à l'Université de médecine chinoise de Nanjing. Sans soutien financier, il subvient seul à ses besoins, enchaînant petits boulots, travaux d'appoint et nuits d'étude.
La persévérance finit par payer : ses résultats académiques lui valent une bourse du gouvernement chinois, qui allège le poids des premières années.

Commence alors un parcours sur plus d'une décennie : licence de chinois, diplôme mixte de médecine moderne et chinoise en 2010, master de pédiatrie en 2013, puis, en 2016, un doctorat en acupuncture et moxibustion, obtenu, dit-il, comme le premier Gabonais de l'histoire de cette formation. « Au cours de mes dix années d'études, j'ai acquis une compréhension plus profonde de la valeur de la MTC », confie-t-il.

Soigner l'Afrique autrement

Ovono Nkomo affirme avoir observé les limites de la médecine occidentale face aux infections pulmonaires liées au VIH/sida. En 2015, il mène des recherches sur le Mastecal, une fleur de singe endémique qui, selon lui, traite ces infections, des travaux qu'il dit poursuivre dans son propre hôpital.

Un retour voulu par l'État gabonais

C'est en 2019 que les autorités gabonaises le sollicitent, pour un projet permettant aux populations pygmées d'appliquer leurs propres méthodes thérapeutiques dans les hôpitaux du pays, un champ circonscrit, précise-t-il, à l'acupuncture, et non à la pédiatrie, pourtant présente dans son parcours. « Je reçois de temps à autre des cas pédiatriques parmi les plus désespérés, et j'applique les méthodes thérapeutiques de la médecine chinoise », nuance-t-il. Il rapporte des résultats satisfaisants pour la paralysie faciale, la diarrhée ou la constipation, le fruit de son expérience clinique, dit-il, non une vérité médicale établie.

Un homme, plusieurs mondes

Le Professeur Ovono Nkomo circule d'un univers culturel à l'autre sans jamais se départir de ses racines. Ce brassage, dit-il, l'habite depuis sa naissance au village d'Essatop, près de Bitam, dans le nord du Gabon, où l'on s'exprime exclusivement en langue vernaculaire. L'école lui impose une autre identité, celle du français. « C'est le début du scénario », résume-t-il.

Il parle couramment sept langues : le français, le fang, sa langue maternelle, et le punu, mais aussi l'anglais, l'espagnol, le portugais et le chinois. Il a parcouru 101 pays pour y faire connaître son travail. Cette palette linguistique est devenue un outil de soin : la langue est souvent le principal obstacle entre praticiens chinois et patients gabonais, et lui seul peut le lever.

Cette aptitude, il la retrouve à la Fédération mondiale de la médecine traditionnelle chinoise (WFCMS), dont il a été membre de 2007 à 2023, se présentant comme le premier Africain jamais intégré à l'organisation, une distinction non vérifiée de façon indépendante par la rédaction. Il en tire une conviction : médecine africaine et médecine chinoise sont, selon lui, des médecines « sœurs ».

Son parcours l'a conduit à occuper plusieurs fonctions : Président du Comité scientifique du 1er Congrès mondial de l'acupuncture et de la MTC, au Portugal ; Chef de service d'acupuncture à l'Hôpital sino-gabonais, après avoir exercé à Paris et en Mongolie.

Deux médecines, un dialogue encore difficile

Cette double appartenance n'a rien d'un long fleuve tranquille. Il situe les principales difficultés entre médecine moderne et médecine chinoise sur un terrain d'abord éthique et philosophique : leurs valeurs culturelles, observe-t-il, ne convergent pas toujours. S'y ajoute un obstacle technique : la terminologie de la MTC peine encore, selon lui, à s'imposer dans le langage scientifique, un frein à la formation et au dialogue. Il tempère ce constat : la similitude des résultats cliniques et le coût moins élevé de la médecine chinoise jouent, selon lui, en faveur de son accueil en Afrique, des observations qu'il livre comme le fruit de son expérience, non comme des conclusions établies.

Le retour aux sources, et la transmission

Le Professeur Ovono Nkomo se définit moins comme un médecin isolé que comme un passeur entre deux traditions. En 2018, il effectue un pèlerinage sur le mont Yaowang, la « montagne de la médecine », en Chine, pour rendre hommage à Sun Simiao, figure fondatrice de la MTC.

Fondateur et directeur de la Nanjing NKOMO Chinese Medecine Culture Exchange Co. Ltd, il structure des échanges culturels et médicaux entre Chine et Afrique, et encadre des étudiants étrangers. « Je veux aider les plus démunis », répète-t-il. De cette ambition découle son objectif premier : faire progresser l'espérance de vie au Gabon, qu'il évoque comme plafonnant encore, selon lui, autour de 50 ans.

Cette ambition, il la projette sur la formation des générations à venir : former le plus grand nombre de Gabonais à la médecine chinoise, afin de résorber la barrière linguistique qui sépare encore les médecins coopérants chinois des patients gabonais. Son vœu, pour les générations futures : qu'elles portent, elles aussi, une attention particulière au développement de la médecine traditionnelle en Afrique.

Installé durablement à Libreville, il ne présente pas son travail comme le remplacement d'une médecine par une autre, mais comme un enrichissement de l'offre de soins, et un espace de dialogue entre médecine moderne, médecine chinoise et savoirs africains. Vingt ans après un choix qui a bouleversé sa trajectoire, le Professeur Ovono Nkomo continue d'avancer sur cette ligne qu'il s'est tracée entre le Gabon et la Chine, celle d'un médecin qui soigne les corps, et qui aura, au passage, contribué à faire tomber quelques préjugés.

 UN PARCOURS ENTRE DEUX MÉDECINES

●       Origines : né au village d'Essatop, près de Bitam (nord du Gabon) ; Lycée national Léon-Mba

●       2004 : stage clinique à Shanghai, révélateur de sa vocation pour la médecine chinoise

●       2005 : inscription en médecine chinoise à l'Université de Nanjing

●       2010 : diplôme mixte en médecine moderne et médecine chinoise

●       2013 : master en pédiatrie

●       2016 : PhD en acupuncture et moxibustion

●       2007 – 2023 : membre, puis Vice-Président, de la Fédération mondiale de la médecine traditionnelle chinoise (WFCMS)

●       2019 : sollicité par les autorités gabonaises pour un projet lié aux pratiques thérapeutiques des populations pygmées

●       Aujourd'hui : chef du Département d'acupuncture, Hôpital de la coopération sino-gabonaise de Libreville

Vision : former des praticiens gabonais, réduire la barrière linguistique avec les médecins chinois coopérants, rapprocher médecine moderne, médecine chinoise et savoirs thérapeutiques africains.

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