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Le Gabon a un plan minier. Il lui manque les hommes pour l'exécuter

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Le Gabon a un plan minier. Il lui manque les hommes pour l'exécuter

Le virage est annoncé, chiffré, budgété. Le secteur minier doit passer de 6 % à 25 % du PIB d'ici à 2030. Le budget du ministère a bondi de 1 390 % pour 2026. L'exportation de manganèse brut sera interdite au 1er janvier 2029. Belinga, Baniaka, Milingui : trois projets de fer de classe mondiale entrent en phase d'exécution. La Raffinerie Gabonaise de l'Or affine désormais localement.

Sur le papier, le scénario est cohérent. Dans les faits, il bute sur une question que personne ne pose : qui va exécuter ce plan ?

Construire une usine d'électrométallurgie pour produire du silico-manganèse, ce n'est pas signer une convention minière. C'est faire tourner, sur le sol gabonais, des fours qui exigent des métallurgistes, des automaticiens, des électriciens de puissance, des ingénieurs procédés, des techniciens de maintenance qualifiés. Multipliés par dizaines. Disponibles localement. Aujourd'hui.

Or notre système de formation technique et supérieure n'a pas été dimensionné pour cette bascule. Nos filières en métallurgie, en génie minier, en génie électrique industriel forment chaque année des effectifs qui se comptent en dizaines, là où l'horizon 2029 en exige des centaines. Les opérateurs le savent. C'est pourquoi, dans le silence des négociations, la même question revient : importer les compétences, ou retarder les projets.

Aucune des deux options ne sert le Gabon.

Importer les compétences, c'est reproduire à l'identique le schéma que la doctrine de souveraineté prétend rompre. Une usine pilotée par des expatriés produit localement, mais ne transforme pas le pays. Le silico-manganèse remplace le minerai brut dans les statistiques d'exportation, sans que la chaîne de valeur s'enracine dans la société gabonaise. C'est un changement de produit, pas un changement de modèle.

Retarder les projets, c'est entamer la crédibilité du pivot avant même qu'il n'ait commencé. Les investisseurs patients existent. Ils ne sont pas pour autant indifférents au calendrier.

Il reste une troisième voie, plus exigeante et moins visible : adosser au plan minier un plan humain de même ampleur. Cela suppose trois décisions que le Gabon n'a pas encore prises clairement.

D'abord, considérer la formation technique comme une infrastructure stratégique au même titre que le Transgabonais ou les centrales électriques. Un centre de formation aux métiers de la métallurgie à Moanda, un institut du génie minier à Franceville, une école de l'or à Nkok adossée à la RGO — ce ne sont pas des projets sociaux. Ce sont des conditions de production.

Ensuite, contractualiser la montée en compétence locale dans les conventions minières elles-mêmes. Pas en pourcentage symbolique d'emplois nationaux, mais en obligations chiffrées de transfert de savoir-faire, de tutorat, de remplacement progressif des postes techniques expatriés sur des calendriers vérifiables. L'État dispose ici d'un levier qu'il sous-utilise.

Enfin, accepter que la formation d'un métallurgiste prend cinq ans, celle d'un ingénieur procédés davantage, et que 2029, ce n'est pas demain — c'est hier. Les promotions qui feront tourner les usines de 2029 sont déjà censées être en formation. Elles ne le sont pas, ou pas en nombre suffisant.

Le Gabon a passé deux décennies à débattre de la transformation locale comme d'une question juridique et fiscale. Elle est d'abord une question humaine. Une raffinerie sans raffineurs est un bâtiment. Une mine sans ingénieurs gabonais est une enclave. Un plan minier sans plan humain est une promesse.

Le sous-sol est généreux. Il l'a toujours été. Ce qui décidera de l'après-pétrole, ce n'est pas ce que nous extrairons. C'est qui saura le transformer.

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