À Libreville, dans un écosystème entrepreneurial encore en construction, Andy Boumah Yovo a choisi de rentrer au pays après ses études d'ingénieur en France. Depuis 2017, il transforme des données aériennes en leviers de productivité pour les industries gabonaises. Portrait d'un entrepreneur qui fait du drone le cheval de Troie de la modernisation économique du pays.
Son parcours commence par des classes préparatoires au Gabon, puis l'ESIGELEC, école d'ingénieurs normande, spécialité réseaux et télécommunications. Un socle qui lui donne les clés des systèmes embarqués et, bientôt, des drones professionnels.
C'est lors de son stage de fin d'études, dans une entreprise française spécialisée, que le déclic survient. Andy Boumah Yovo perçoit ce que le grand public ignore encore : une technologie d'une puissance industrielle considérable. Il voit immédiatement la correspondance avec les besoins du Gabon : territoire vaste, industries extractives exigeantes, forêts denses peu cartographiées.
Reste le choix le plus difficile : rentrer plutôt que construire une carrière confortable en Europe. Il le fait en 2017, convaincu que la fenêtre d'opportunité n'attendra pas. « J'ai découvert le potentiel immense de cette technologie dans les usages professionnels. Cette expérience a été le déclencheur de mon projet entrepreneurial. »
Une expertise forgée dans la mine
ADIS démarre modestement. Dès les premières années, Andy refuse le segment de la photographie aérienne, trop encombré. Il vise l'industrie, là où la valeur de la donnée est la plus élevée et les barrières à l'entrée les plus fortes.
Le partenariat structurant arrive en 2019 avec Comilog, filiale d'Eramet et premier producteur mondial de manganèse de haute qualité. L'environnement minier impose des standards draconiens : précision centimétrique, protocoles de sécurité stricts, livrables directement exploitables par les ingénieurs. En relevant ce défi, ADIS se construit une barrière concurrentielle solide. La référence Comilog ouvre d'autres portes, notamment CIMAF, dont les sites nécessitent relevés topographiques et calculs de volumes de stocks.
Le modèle se précise : ADIS ne vend pas des heures de vol, mais des livrables techniques – cartographies, modélisations 3D, calculs de cubatures – que les équipes opérationnelles exploitent immédiatement. « C'est Comilog qui nous a donné l'opportunité de découvrir le secteur minier. Cette collaboration a été structurante et nous a permis d'adapter nos technologies aux réalités du terrain. »
Une ambition régionale
Dans le paysage technologique d'Afrique centrale, ADIS occupe une place singulière : entreprise gabonaise, fondée et dirigée localement, avec une connaissance fine du terrain et des contraintes réglementaires. Le style d'Andy Boumah Yovo est celui d'un entrepreneur-technicien qui construit sa crédibilité mission après mission.
La vision est claire : devenir une référence régionale. Au Gabon d'abord, où l'énergie et les infrastructures représentent des segments naturels d'extension. À l'international ensuite – RDC, Congo-Brazzaville, Cameroun, Guinée équatoriale –, là où des opérateurs miniers déjà clients opèrent des sites aux besoins identiques. L'intégration du LiDAR aérien, précieux sous couvert forestier, et de l'intelligence artificielle appliquée aux données géospatiales constituera le prochain levier d'expansion. « Notre ambition est de démontrer qu'une entreprise technologique gabonaise peut proposer des standards internationaux et exporter son expertise au-delà des frontières. »
Dans un Gabon qui cherche à diversifier son économie, ADIS prouve qu'une entreprise locale peut viser l'excellence internationale depuis Libreville. « Au fond, notre ambition est simple : participer à la transformation technologique de l'Afrique à partir du Gabon », conclut Andy. La contribution la plus durable de cet ingénieur restera peut-être d'avoir démontré, mission après mission, que le choix de rentrer était le bon.