La Banque africaine de développement a publié son Rapport Pays 2026 sur le Gabon. Son constat : l'activité résiste grâce aux secteurs hors pétrole, mais la vie chère, la dette et le déficit resserrent les marges de manœuvre de l'État. Le chiffre de dette qu'elle retient ne correspond pas à celui de l'audit gouvernemental.
La BAD a lancé le 21 septembre son Rapport Pays 2026 sur le Gabon. Il est consacré à la mobilisation de ressources à grande échelle pour financer le développement dans un monde fragmenté. Voici ce qu'il faut retenir.
1. Une croissance en perte de vitesse
L'économie gabonaise a ralenti en 2025, à 2,7 % contre 3,4 % un an plus tôt. Les piliers traditionnels ont reculé : le pétrole de 2,9 %, les mines de 2,1 % et surtout le bois, en chute de 23,7 %. Les transports ont aussi baissé de 3,5 %.
2. Le relais du BTP et de la demande intérieure
D'autres secteurs ont amorti le choc : les industries de transformation (+8,8 %) et les services (+4,4 %). Le BTP a bondi de 25,4 %. La demande a suivi : la consommation totale a progressé de 4,4 % et l'investissement public de 11,2 %. Pour 2026 et 2027, la BAD prévoit une reprise modérée, à 3 % puis 3,1 %, portée par les secteurs hors pétrole.
3. Vie chère : le paradoxe d'une inflation contenue
En 2025, l'inflation a été limitée à 1,8 %, sous le seuil régional de 3 %. La BAD place pourtant le coût de la vie en tête de ses préoccupations, notamment sur l'alimentation et les produits de première nécessité. La cause est structurelle : le pays importe une grande partie de ce qu'il consomme, ce qui fait entrer directement les chocs de prix internationaux sur le marché intérieur. Un taux moyen bas ne reflète donc pas nécessairement la hausse des prix des produits de base.
4. Dette : 78,9 % pour la BAD, 68,91 % pour l'audit
Selon le rapport, le déficit public s'est creusé à 5,3 % du PIB en 2025 et la dette a atteint 78,9 %. Ce chiffre dépasse de dix points celui de l'audit gouvernemental : le 13 septembre, Libreville a arrêté le stock de dette à 9 524,6 milliards de FCFA, soit 68,91 % d'un PIB rebasé à 13 822 milliards. L'écart s'explique probablement par le calendrier, le rapport ayant été préparé avant la publication de l'audit et du rebasage. Il illustre surtout la question que devra trancher le FMI : quel chiffre retiendra-t-il ?
5. Un déficit structurel
Le troisième point d'alerte concerne le déficit budgétaire. Il résulte d'un décalage persistant entre des recettes dépendantes du pétrole et des dépenses courantes difficiles à réduire, au premier rang desquelles la masse salariale. La BAD prévoit qu'il se creusera encore, malgré la hausse des recettes non pétrolières.
Et maintenant ?
La BAD demande de renforcer la discipline budgétaire et d'améliorer la gestion de la dette, tout en poursuivant la diversification et l'amélioration du climat des affaires. Elle cite comme principaux risques les tensions géopolitiques, la volatilité des matières premières et les contraintes budgétaires. Ces recommandations rejoignent celles du FMI et les premières mesures du PLF 2027 sur les exonérations. Il reste à savoir si leur mise en œuvre suivra.