55%, c’est le genre de chiffre qui vous coupe le souffle. Selon le tout dernier rapport d’Interpol, dévoilé lundi, plus d’une cyberattaque sur deux sur le continent africain est désormais pilotée par l’intelligence artificielle. Oui, vous avez bien lu : 55 %. Et derrière ce pourcentage, ce sont des vies, des économies, des États fragiles qui vacillent.
Parce que le document ne se contente pas de balancer des données froides. Il décrit une métamorphose brutale : les cybercriminels ne sont plus des petits génies solitaires dans leur chambre. Ils ont monté une véritable machine de guerre industrielle, sans frontières, capable de dévaliser des banques ou de faire chanter des familles en quelques clics. Les pertes ? Elles ont bondi de 192 à 484 millions de dollars en un an. Une explosion portée par les escroqueries dopées à l’IA, le vol de mots de passe et ces fameuses campagnes d’hameçonnage tellement bien rodées qu’elles trompent même les plus méfiants.
Mais le vrai signal d’alarme, celui qui fait réfléchir, c’est l’irruption des identités synthétiques. Les fraudeurs ne se contentent plus d’emprunter votre carte d’identité : ils en fabriquent une, parfaite, capable de berner les systèmes biométriques les plus pointus. Autant dire que les banques, les opérateurs télécoms et les polices, qui ne partagent toujours pas leurs données en temps réel, naviguent à vue.
Pour savoir ce que ce rapport change concrètement pour l'Afrique et le Gabon en particulier, voici le point de vue de Boursier Tchibinda, un expert des médias et de l’IA qui suit ces questions de très près au Gabon. Il ne mâche pas ses mots : « Ce rapport met le doigt sur notre talon d’Achille. Chez nous, l’ordonnance qui devait réguler les réseaux sociaux définit le deepfake de manière tellement floue qu’elle en devient inopérante. Aucune passerelle technique n’est prévue entre les opérateurs, le régulateur et la justice. Résultat : pendant que les criminels jouent en réseau, nous, on légifère en silo. C’est un peu comme vouloir arrêter une voiture avec un vélo.»
Et le Gabon dans tout ça ? Pas cité nommément. Le Maroc, lui, ressort comme un îlot relativement épargné. Ce silence, Tchibinda le lit comme un avertissement : « Ce n’est pas parce qu’on ne nous voit pas qu’on n’est pas menacés. C’est juste qu’on ne nous a pas encore assez mesurés.» Autrement dit, l’absence de données n’est pas une bonne nouvelle, c’est un angle mort.
Alors oui, Interpol a mené des opérations coup de poing, arrêté plus de 1 500 personnes, récupéré 100 millions de dollars. Mais l’expert nous rappelle à l’ordre : l’urgence, aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’arrêter des hackers. C’est de bâtir des lois solides, de connecter nos systèmes, de former nos enquêteurs à ces nouvelles armes. Parce que si on ne comble pas ces failles maintenant, dans quelques années, ce ne sera plus 55 % des crimes pilotés par l’IA, mais 80, et on ne saura même plus par quel bout les attaquer.