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Banques : le Gabon, nouveau marché de conquête ?

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Banques : le Gabon, nouveau marché de conquête ?

Coris Bank International ouvrira officiellement ses portes à Libreville en septembre 2026, selon une source interne de la banque. Bank of Africa prépare parallèlement l'ouverture d'une succursale. Ces deux arrivées marquent une recomposition majeure du paysage bancaire gabonais. Elles posent une question centrale : les nouveaux entrants viennent-ils conquérir le marché actuel, ou se positionnent-ils pour le financement du prochain cycle de diversification économique ?

Après des années de relative stabilité, le marché bancaire gabonais entre en mouvement. La première annonce vient de Coris Bank International, groupe burkinabè. Les agréments réglementaires ont déjà été obtenus, (voir notre article d’avril 2026). Le groupe prévoit la construction de son siège à Libreville et une ouverture officielle programmée pour septembre 2026. Mamadou Sanon pilotera la filiale gabonaise, aux côtés de Cica Ariane Sessou comme directrice générale adjointe.

L'arrivée de Coris s'inscrit dans une offensive régionale plus large. Le groupe, fondé par le financier burkinabè Idrissa Nassa, exploite depuis janvier 2025 le régime d'agrément unique de la COBAC, un mécanisme qui permet à une banque agréée dans un État membre de la CEMAC d'étendre ses activités aux autres sans créer de nouvelle entité locale. Coris en a acquis les droits en 2024 par sa présence au Tchad, où il a racheté les opérations de Société Générale et revendique désormais la troisième place du marché, selon Ecofin.

Bank of Africa (BOA), le géant panafricain détenu majoritairement par le marocain BMCE Group, emboîte le pas. L'Association Gabonaise des Usagers des Banques avait indiqué en avril 2026 l'annonce d'une ouverture de succursale à Libreville « prochainement ». Au 31 décembre 2025, le groupe BOA affichait un total bilan consolidé de 42 milliards d'euros, soit environ 27 552 milliards FCFA, selon ses données financières disponibles sur le site du groupe. Présente dans 20 pays, BOA fait preuve d'une stratégie plus mesurée que ses concurrents, privilégiant les succursales aux filiales pour limiter son investissement initial.

Deux modèles différents, un objectif commun

Pourquoi ces groupes choisissent-ils maintenant d'arriver au Gabon ? La réponse ne réside pas dans le marché d'aujourd'hui, mais dans celui de demain. Coris cible les secteurs prioritaires de la diversification économique gabonaise, projets structurants, industrie, infrastructure, selon plusieurs médias africains. C'est une stratégie de positionnement sur le long terme. BOA, elle, affiche une approche plus conservatrice : elle entend se concentrer sur les PME, secteur jugé sous-desservi en Afrique centrale, révélait en novembre 2025 Jeune Afrique. Les deux mettent l'accent sur un même vide : le financement du petit et moyen tissu économique.

Sur le plan du crédit, le Gabon affiche des chiffres en apparence positifs. Les nouveaux crédits accordés au premier trimestre 2026 ont atteint 17 793 dossiers, contre 6 360 un an plus tôt, une progression de 180%, indique le rapport T1 2026 de la BEAC. Mais regarder l'enveloppe globale raconte une autre histoire : le financement destiné aux entreprises a reculé de 36,53% en glissement annuel, passant de 608,8 milliards FCFA en T1 2025 à 386,4 milliards en T1 2026. Les petits crédits se multiplient ; les grands se font rares. C'est précisément ce vide que Coris et BOA entendent combler.

Un marché concentré, mais pas saturé 

Depuis plus d'une décennie, le marché bancaire gabonais obéit à une logique de concentration. BGFIBank exerce une domination quasi absolue : elle a capté 57,18% des crédits distribués au quatrième trimestre 2025, sur une enveloppe globale de 548,9 milliards FCFA, selon la BEAC. L'Union Gabonaise de Banque, principal challenger, ne dispose que de 17,26% de parts de marché. Le reste du secteur, Citibank, Orabank, Ecobank, AFG Bank, demeure fragmenté et marginalisé.

Cette concentration pourrait sembler saturée. Elle ne l'est pas. « Le vrai paradoxe du marché gabonais est que la concentration coexiste avec l'insuffisance de financement. Les entreprises sortent du système : l'encours global est resté faible face aux besoins réels de l'économie», explique Pierre Ngondet, analyste financier au sein d’un groupe bancaire local. 

La BEAC note que les nouveaux entrants auront l'opportunité de « prendre rapidement des parts de marché » précisément parce que le leader actuel n'a pas rempli toute la demande. Une banque universelle capable de financer l'industrie de transformation, l'agriculture ou les infrastructures peut trouver son espace, à condition de proposer des services et des taux compétitifs.

Le vrai problème : un crédit qui coute trop cher 

Mais voilà le piège : le crédit gabonais n'a jamais été aussi cher. Au premier trimestre 2026, le taux effectif global moyen atteint 21,51%, contre 14,48% un an plus tôt, une augmentation de 704 points de base en glissement annuel, selon la BEAC (rapport T1 2026). Au quatrième trimestre 2025, le taux s'établissait à 21,06%, contre une moyenne régionale de 10,91% en zone CEMAC. Le Gabon affiche le crédit le plus onéreux de toute la sous-région.

Pourquoi ? Trois facteurs jouent : d'abord, la politique monétaire restrictive de la BEAC, qui maintient son taux directeur à 4,75% malgré une croissance régionale projetée à 2,9% pour 2026. Ensuite, la structure du marché : la concentration autour de BGFIBank limite la concurrence tarifaire. Enfin, la composition du coût du crédit elle-même révèle le problème : les charges et commissions représentent 38,02% du TEG moyen, tandis que les taux d'intérêt nominaux n'en représentent que 61,98%, indique la BEAC (T1 2026). En d'autres termes, plus du tiers du coût du crédit provient non des intérêts, mais des frais, une prime de risque implicite reflétant l'incertitude sur la qualité des emprunteurs, l'asymétrie d'information et les garanties insuffisantes.

Le test décisif : la concurrence changera-t-elle vraiment la donne ?

L'arrivée de Coris et de BOA pourrait, en théorie, exercer une pression baissière sur les taux. « Une concurrence accrue pousserait les banques à améliorer leurs offres, à diversifier les sources de financement, à réduire leurs marges. C'est le scénario optimiste. Mais le scénario pessimiste est aussi plausible », analyse Pierre Ngondet. 

Les nouveaux entrants pourraient se contenter de cibler les meilleurs risques, les grandes entreprises, les clients solvables, en reproduisant les mêmes pratiques tarifaires que BGFIBank. Leur arrivée ressemblerait alors à un simple partage du gâteau existant, sans élargissement du gâteau lui-même. Les PME et les particuliers, ceux qui ont aujourd'hui le plus de mal à obtenir du crédit, ne bénéficieraient pas de cette concurrence.

La question ultime est donc : les nouveaux entrants viendront-ils réellement servir le marché sous-financé, ou se concentreront-ils sur les segments rentables que domine déjà BGFIBank ?

Le Gabon entame peut-être une nouvelle phase de sa bataille bancaire. Il ne s'agit plus seulement de conquérir les clients existants, mais de prendre position avant que les besoins de financement liés à la diversification économique n'explosent. Coris et BOA le savent. Elles parient que le Gabon de 2030 ne ressemblera pas au Gabon d'aujourd'hui, et qu'elles pourront y jouer un rôle clé.

Reste à savoir si cette bataille profitera aussi à ceux qui en ont le plus besoin : les PME et les ménages qui continuent de payer le crédit le plus cher d'Afrique centrale.

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