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Le Gabon domine les échanges de la CEMAC… mais le véritable défi est ailleurs

Le Gabon domine les échanges de la CEMAC… mais le véritable défi est ailleurs

Selon l'African Trade Report 2026 d'Afreximbank, le Gabon s'est imposé en 2025 comme le premier pays de la CEMAC en matière de commerce intra-africain, avec environ 1,30 milliard de dollars (746 milliards de FCFA) d'échanges. Une performance réelle, mais qui ne doit pas masquer une réalité plus préoccupante : l'Afrique centrale reste l'une des régions les moins intégrées du continent.

Le classement a de quoi flatter Libreville. Porté par une envolée de ses exportations vers la zone CEMAC, en hausse de plus de 200 % sur l'année selon les données douanières compilées par la Direction générale de l'économie et de la politique fiscale, le Congo-Brazzaville jouant le rôle de principal moteur, le Gabon devance ses voisins en matière de commerce intra-africain. Mais ce leadership doit être relativisé : la CEMAC, avec un peu plus de 5 milliards de dollars (environ 2 900 milliards de FCFA) d'échanges intra-régionaux, pèse à peine plus de 2 % des 213,8 milliards de dollars (123 000 milliards de FCFA) de commerce intra-africain recensés par Afreximbank en 2025, quand le rapport souligne dans le même temps que les échanges du continent ont progressé de 5,5 % sur l'année. Être premier d'un marché qui pèse si peu dans le commerce africain constitue-t-il réellement un succès économique ?

Une intégration régionale qui reste à construire

Plusieurs études convergent sur ce constat : le commerce intra-CEMAC représente moins de 5 % des échanges totaux de la sous-région, contre près de 15 % dans d'autres ensembles économiques africains, selon la Banque mondiale et la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique. Les raisons en sont documentées depuis des années : infrastructures de transport insuffisantes et mal interconnectées entre corridors routiers, ferroviaires et portuaires, coûts logistiques élevés, barrières non tarifaires persistantes malgré les décisions de libre circulation actées par les chefs d'État, lenteurs douanières, et économies encore massivement tournées vers l'exportation de matières premières brutes (pétrole, bois, manganèse), vers l'Asie et l'Europe plutôt que vers leurs voisins immédiats.

Du leadership régional à l'intégration continentale

Le véritable enjeu pour le Gabon n'est donc plus seulement de conserver sa première place dans un marché régional étroit, mais de contribuer à son élargissement. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre, sur le papier, ce débouché : construire des chaînes de valeur régionales, développer la transformation industrielle plutôt que l'export de matières premières, et renforcer la compétitivité des entreprises gabonaises au-delà de leurs frontières immédiates. Le pays dispose d'atouts pour y jouer un rôle : ses infrastructures portuaires d'Owendo, son futur port minéralier (kobe-kobe), sa position géographique au carrefour de la CEEAC et de la CEMAC, le Transgabonais en cours de modernisation, et une stratégie affichée de transformation locale du manganèse qui pourrait, à terme, alimenter des chaînes de valeur régionales plutôt que de simples flux d'exportation brute.

La véritable réussite ne sera donc pas d'être le premier d'un marché régional qui reste, à l'échelle du continent, marginal. Elle consistera à participer activement à la construction d'une Afrique centrale plus intégrée, plus industrialisée et mieux connectée au reste du continent, un chantier qui dépasse largement le seul classement d'une année.



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