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Déguerpissements à Libreville : le dilemme entre modernisation et urgence socio-économique

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Déguerpissements à Libreville : le dilemme entre modernisation et urgence socio-économique

À Libreville, le spectre des pelles mécaniques s’est transformé en une réalité quotidienne éprouvante pour de nombreuses familles. L’annonce récente d’un vaste programme de démolition autour de la Cité de la Démocratie, sur le Titre Foncier 5997, ravive une dynamique d’aménagement urbain particulièrement intense ces derniers mois. Pour libérer une emprise routière de 80 mètres destinée à contribuer à la décongestion de la capitale, l’État engage une nouvelle opération qui touche directement le tissu bâti de plusieurs secteurs des 1er et 6e arrondissements.

Les zones ciblées dessinent une partie de la carte des quartiers d’habitation et de petit commerce populaire. Carrefour Nzeng-Ayong, Ondongo, Diba Diba, le Charbonnage et le Lac Bleu figurent ainsi parmi les secteurs concernés par cette nouvelle phase de déguerpissement, encadrée par le projet de décongestion routière autour du Titre Foncier 5997.

Au-delà de la modernisation des infrastructures, le coût direct pour les riverains demeure particulièrement lourd. Sur le plan économique et patrimonial, le passage des engins entraîne la destruction brutale d’un patrimoine immobilier familial parfois constitué sur plusieurs générations, mais aussi la disparition de petits commerces de proximité — boutiques, ateliers, maquis — qui représentent pour de nombreux ménages une source essentielle de revenus.

À ce choc financier s’ajoute une précarité sociale et éducative accrue. Le déplacement précipité des familles peut entraîner la perte des solidarités communautaires, l’augmentation des dépenses de transport et, pour certains enfants, une perturbation du parcours scolaire lorsque le changement de quartier impose également un changement d’établissement.

L’après-casse : la crise du relogement et le défi des indemnités

Le contentieux majeur réside désormais dans la gestion de « l’après-casse », alors que le relogement se heurte à une offre qui demeure insuffisante face aux besoins. Malgré l’attribution ponctuelle de logements sociaux par les pouvoirs publics pour répondre aux situations les plus critiques, une partie des personnes affectées doit encore trouver des solutions par ses propres moyens, auprès de familles d’accueil ou dans des zones périphériques parfois éloignées des principaux bassins d’emploi.

La question indemnitaire cristallise également les tensions, notamment en raison des délais d’attente et des interrogations soulevées par certains riverains. Si des enveloppes budgétaires sont annoncées pour accompagner progressivement les populations recensées, des collectifs dénoncent des procédures jugées insuffisamment transparentes et regrettent, dans certains cas, l’absence de contre-expertise avant la démolition. Ils estiment également que les montants proposés ne correspondent pas toujours à la valeur des investissements réalisés.

Derrière ces revendications se pose donc une question économique fondamentale : qui supporte aujourd’hui le coût d’une infrastructure dont les bénéfices sont destinés à être collectifs ? La fluidification du trafic, l'amélioration de la mobilité et la valorisation future des espaces aménagés peuvent justifier l’intervention publique. Mais lorsque celle-ci entraîne la disparition d’un logement, d’un commerce ou d’une source de revenus, le coût de la modernisation ne peut être mesuré uniquement en kilomètres de routes construites.

La concertation publique du 24 août 2026 apparaît ainsi comme un rendez-vous important pour rapprocher les impératifs d’aménagement des réalités vécues par les populations. Car moderniser Libreville ne devrait pas seulement consister à libérer des emprises et construire de nouvelles infrastructures. Il s’agit également de veiller à ce que le progrès urbain ne se traduise pas, pour les ménages les plus fragiles, par une perte durable de patrimoine, de revenus et de stabilité.

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