La filière aurifère gabonaise démarre 2026 sur une rupture spectaculaire. Les exportations d’or brut auraient chuté de 75 % au premier trimestre, selon les données de la Direction générale de l’Économie et de la Politique fiscale. Une contre-performance d’autant plus surprenante que le marché international reste porteur : le cours moyen de l’or a progressé de 7,1 % sur un an au premier trimestre 2026, selon les données compilées par la BEAC à partir de Reuters. Le choc semble donc moins lié au prix qu’à la capacité du Gabon à exporter sa production.
Le contraste est saisissant. Alors que l’or continue de bénéficier d’un environnement international favorable, les exportations gabonaises d’or brut se sont effondrées de 75 % sur les trois premiers mois de 2026, selon la Direction générale de l’Économie et de la Politique fiscale. Cette évolution intervient alors que le cours moyen de l’or s’est établi autour de 1 998 dollars l’once au premier trimestre 2026, contre environ 1 865 dollars sur la même période de 2025, soit une progression de 7,1 %.
Autrement dit, le marché mondial n’a pas envoyé de signal de désaffection pour le métal jaune. Le problème se situe donc ailleurs.
La première question est celle des volumes. Une chute aussi prononcée des exportations peut résulter d’une baisse de la production, d’un ralentissement des expéditions, d’un changement dans les circuits commerciaux ou d’un décalage entre la production et la sortie effective du territoire. Sans distinction entre volumes et valeur, le seul chiffre de -75 % ne permet pas encore de déterminer l’origine exacte du choc.
Le prix monte, mais le Gabon n’en profite pas
Cette situation crée un paradoxe économique. Dans un marché où le prix du principal produit aurifère progresse, un pays producteur devrait, toutes choses égales par ailleurs, bénéficier d’une amélioration de ses recettes d’exportation. Le Gabon connaît pourtant le phénomène inverse.
Cela pose une question plus fondamentale : le pays dispose-t-il d’une capacité d’offre suffisante pour transformer la hausse des cours mondiaux en recettes supplémentaires ?
La réponse dépendra notamment de l’évolution de la production nationale, des stocks éventuellement constitués, des volumes effectivement exportés et de la situation des opérateurs présents sur le marché.
C’est sur ce point que la publication des données détaillées du premier trimestre devient stratégique. Une baisse de 75 % des exportations ne signifie pas nécessairement que la production aurifère a diminué dans les mêmes proportions.
Ormuz : un choc réel, mais un lien à démontrer
Le contexte géopolitique constitue néanmoins un facteur à examiner. Le conflit au Moyen-Orient a fortement perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. L’Organisation maritime internationale a notamment documenté les difficultés rencontrées par les navires commerciaux et les perturbations des flux dans la région.
L’Organisation mondiale du commerce a également constaté d’importantes perturbations du commerce passant par cette voie stratégique.
Mais cela ne suffit pas à établir un lien direct avec l’or gabonais. Pour que cette explication soit retenue, il faut encore déterminer où l’or gabonais était exporté, par quels itinéraires, vers quels marchés et avec quels opérateurs logistiques.
Cette vérification est essentielle. Le détroit d’Ormuz constitue surtout une artère majeure pour les hydrocarbures et certains produits en vrac du Golfe. Les données de l’OMC montrent notamment l’ampleur des perturbations sur les flux d’engrais.
Le raisonnement « conflit en Iran = baisse des exportations d’or gabonais » serait donc trop rapide sans preuve sur les itinéraires commerciaux effectivement utilisés.
Le vrai risque pourrait être la concentration
Au-delà de l'or, cette contre-performance pose une question sur la structure de l'économie gabonaise. L'industrie extractive concentre 63 % des crédits bancaires accordés au niveau national, selon les données citées dans la publication économique. Cette concentration montre le poids du secteur extractif dans le financement de l'économie.
Mais elle soulève également une question : que se passe-t-il lorsque les exportations d'un produit extractif chutent brutalement ?
Il faut ici éviter un raccourci : les 63 % de crédits concernent l'ensemble de l'industrie extractive et non le seul secteur aurifère. Le chiffre englobe donc notamment d'autres activités minières et extractives.
L'enjeu est plutôt celui de la concentration du financement bancaire autour des activités liées aux ressources naturelles. Si les exportations ralentissent, les entreprises concernées peuvent être confrontées à une pression sur leur trésorerie, leurs investissements ou leur capacité de remboursement. L'exposition réelle du système bancaire dépendra toutefois de la répartition des crédits entre pétrole, manganèse, or et autres activités extractives.
Un signal pour la diversification minière
La chute des exportations aurifères constitue finalement un test grandeur nature pour la stratégie de diversification du Gabon. Le pays cherche à élargir sa base productive au-delà du pétrole et du manganèse. Mais cette diversification ne consiste pas seulement à multiplier les minerais exploités. Elle suppose également de disposer de chaînes d'exportation suffisamment robustes, de marchés diversifiés et d'une capacité à transformer localement une partie de la production.
Le cas de l'or montre ainsi qu'un produit peut bénéficier d'un marché international dynamique tout en enregistrant une forte contre-performance au niveau national.
La question n'est donc plus seulement de savoir si le Gabon possède de l'or. Elle est de savoir s'il parvient à transformer cette ressource en production, en exportations et finalement en recettes pour l'économie nationale.
Pour le Gabon, l'enjeu dépasse donc largement la performance d'une filière. Il touche à sa capacité à capturer la valeur créée par le boom mondial de l'or, tout en réduisant la vulnérabilité de son économie aux chocs qui affectent ses industries extractives.