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Nicaise Moulombi : « il faut donner une valeur économique à la présence des éléphants »

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Nicaise Moulombi : « il faut donner une valeur économique à la présence des éléphants »

À l’occasion de la Journée mondiale de l’éléphant, et alors que le Gabon s'affirme comme chef de file de la conservation en Afrique centrale, la cohabitation entre populations rurales et faune sauvage demeure une équation complexe. Sur le terrain, la finance carbone peine à se concrétiser.  Nicaise Moulombi, chef de mission pour l’ONG Croissance Saine Environnement / ROSCEVAC) analyse pour Les Échos de l’Éco les blocages du conflit Homme-Éléphant. Face aux préjudices agricoles et aux emplois verts sous-exploités, il invite l’État et les bailleurs à placer la sécurité alimentaire des communautés au cœur des politiques de conservation.

Quel est l'impact direct du conflit Homme-Éléphant sur les populations et les agriculteurs dans vos zones d'intervention aujourd'hui ?

Le conflit Homme-Éléphant a un impact majeur sur les moyens de subsistance des communautés rurales. Nous observons régulièrement la destruction des plantations, des intrusions dans les villages, une baisse de la production agricole, ainsi qu'un sentiment croissant d'insécurité. Dans certaines localités, des familles réduisent leurs activités agricoles ou abandonnent leurs terres, ce qui fragilise la sécurité alimentaire et accélère l'exode vers les centres urbains.

Parmi les dispositifs déployés (clôtures électriques, répulsifs, indemnisations), qu'est-ce qui fonctionne réellement et où se situent les blocages techniques ou financiers ?

Les clôtures électriques constituent aujourd'hui l'un des outils les plus prometteurs lorsqu'elles sont installées, entretenues et accompagnées d'un suivi technique de proximité. Les principaux blocages concernent la complexité des procédures d'accès, le manque d'accompagnement des bénéficiaires, les difficultés d'entretien et l'insuffisance des ressources financières pour répondre à des demandes des communautés.

Vos projets arrivent-ils à créer des retombées ou des emplois locaux pour donner une valeur économique à la présence des éléphants ?

Le potentiel existe, mais il reste encore largement sous-exploité. Des opportunités peuvent être développées autour de l'écotourisme, du suivi communautaire de la biodiversité, de l'apiculture, de la restauration des écosystèmes ou encore des emplois liés à la prévention des conflits Homme-Faune. L'enjeu est de faire en sorte que les communautés perçoivent également des bénéfices économiques liés à la conservation.

Entendez-vous parler des crédits carbone ou biodiversité sur le terrain, et ces financements internationaux arrivent-ils concrètement jusqu'à vos projets ?

Les communautés ont très peu de visibilité sur les mécanismes de finance carbone ou biodiversité. Sur le terrain, les populations perçoivent rarement les retombées directes de ces financements. Il existe encore un important défi de traduction des engagements internationaux en actions concrètes, visibles et mesurables au bénéfice des communautés vivant en première ligne de la conservation.

Si vous aviez une seule demande prioritaire à faire au gouvernement et aux bailleurs pour concilier protection des éléphants et sécurité alimentaire, quelle serait-elle ?

La priorité est de renforcer les mécanismes de prévention et d'accompagnement des communautés rurales. Il est indispensable d'investir simultanément dans la protection des cultures, l'appui aux agriculteurs et le développement d'activités économiques alternatives. La conservation sera durable lorsque les populations concernées verront également leur sécurité alimentaire et leurs conditions de vie s'améliorer.

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