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Marc Radjoumba, l'homme qui filtre les corridors

Marc Radjoumba, l'homme qui filtre les corridors

Trente-trois ans en Belgique, sept ans dans la conformité bancaire chez ING, et puis ce pari : sécuriser, par le numérique, l'entrée des véhicules sur le territoire gabonais — ports, postes-frontières, corridors. Entre Obourg et Paris-Bifoun, rencontre avec un homme qui incarne une génération de cadres de la diaspora qui ne choisissent plus entre l'Europe et l'Afrique : ils circulent entre les deux, et en font un projet.

Obourg, dans la grisaille de la région de Mons. Marc Radjoumba sort d'une réunion de conformité chez ING Belgique, la énième sur les profils d'accès, les audits qui ne pardonnent rien. Le soir, il appelle Paris-Bifoun, dans la province du Moyen-Ogooué, où sa femme Arlette Radjoumba lui décrit l'état du poulailler ; elle y descend régulièrement avant de regagner la Belgique. Deux mondes, un couple, et entre les deux, six mille kilomètres et trente-trois ans d'une vie construite ailleurs.

Ce départ suit une bourse de l'État gabonais obtenue après le baccalauréat. « C'était les deux à la fois: un hoix personnel, j'avais une vraie soif de me former, et la voie naturelle de l'époque pour un jeune Gabonais ambitieux », raconte Marc Radjoumba. Ingénieur-technicien diplômé en 1998 puis ingénieur industriel en électricité, option informatique, il choisit ensuite les certifications Mirosoft plutôt que le doctorat. C'est de cette option informatique que naît sa vocation pour les systèmes — la sécurité viendra après, chez ING Belgique, où il passera sept ans en gestion des identités et des accès (IAM/UAM). «Trente-trois ans plus tard,je ne regrette rien : ce parcours m'a donné des outils que je remets aujourd'hui au service du Gabon », résume-t-il. Fondateur entre-temps de BITS Solutions,il dirige aussi depuis 2019 les systèmes d'information et le commercial de Cigale Finance S.A., active dans le négoce de matières premières en Afrique centrale, un mandat où la rigueur revendiquée côtoie des zones plus grises que celles connues à la banque.

Le verrou numérique des corridors

Le projet qui le ramène vers le Gabon n'est pas un retour identitaire mais un contrat : la conception, pour la Direction générale, d'un Système national d'homologation des véhicules. Enregistrer chaque véhicule importé, l'inspecter, délivrer un certificat sécurisé à QR code jusqu'à la carte grise; la transposition, presque littérale, de la logique IAM bancaire à l'administration. Le dispositif s'active aux points d'entrée du territoire : port d'Owendo, Port-Gentil, postes-frontières terrestres, soit 

les nœuds mêmes du dossier consacré ce mois-ci à l'interconnexion. Un véhicule débarqué à Owendo qui rejoint l'intérieur par la route emprunte, de fait, un corridor ; et c'est à son entrée que le système de Radjoumba pose son premier filtre. Mais un contrôle mal calibré peut ralentir un flux plus sûrement qu'il ne le sécurise, et rien ne garantit encore que l'écosystème administratif gabonais offre la continuité qu'exige ce type d'architecture. Pour Radjoumba, le numérique ne doit ni précéder ni suivre l'infrastructure physique : il doit l'accompagner dès la conception. « Le Gabon est un chantier quasi vierge : on peut construire intelligent du premier coup », assure-t-il. Datacenter souverain, systèmes hospitaliers, numérisation de l'état civil : la liste qu'il dresse dépasse le seul SNHV. « Le Gabon n'a pas besoin de rattraper le passé ; il peut sauter directement vers une administration numérique moderne », à condition, dit-il, de bâtir les fondations dès maintenant.

Le Poulailler du Roy, l’autre souveraineté

À mille lieues du code, il y a aussi Paris-Bifoun, où le couple mène depuis six ans une coopérative avicole, « Le Poulailler du Roy », réponse familiale à la dépendance du Gabon aux im- portations de volaille. D'un côté la sécurisation numérique des corridors, de l'autre une filière alimentaire locale : deux façons de combler des dépendances que la diaspora technique se sent en mesure de corriger.

Ni l'expatrié qui a coupé les ponts, ni le revenant qui rejette l'Europe : Marc Radjoumba appartient à une génération qui a fait de l'aller-retour lui-même une manière de servir, quitte à ce que la valeur du geste se mesure, demain, à ce qu'il en restera sur place.

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