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La digitalisation des paiements, pari risqué contre les dérives de la parafiscalité

La digitalisation des paiements, pari risqué contre les dérives de la parafiscalité

Libreville mise sur le paiement électronique pour endiguer les prélèvements informels qui pèsent sur les commerçants gabonais. Une réforme technique qui s'inscrit dans un chantier plus large de refonte de la gouvernance des finances publiques, engagé alors que le pays négocie un programme avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le gouvernement a lancé le 9 décembre 2025 le programme MADIGIPAIE, plateforme de paiement par QR code développée avec la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) et le Groupement interbancaire monétaire de l'Afrique centrale (GIMAC). Plus de 1.000 QR codes GIMACPAY étaient déployés chez des commerçants début juillet 2026, selon le ministère de l'Économie numérique. Cette initiative s'ajoute à la réforme du système intégré de gestion des finances publiques (SIGFIP) et au projet Gabon Digital, financé par la Banque mondiale, dont le prêt a été prorogé début 2026.

La Banque mondiale a crédité une nouvelle plateforme de déclaration fiscale et la numérisation de bureaux de douane du nord du pays d'une contribution aux recettes fiscales en 2024, dans un contexte de baisse des cours pétroliers. Le FMI, dont une mission a débuté en février 2026 un audit approfondi des finances publiques gabonaises, conditionne un futur programme à des progrès sur la transparence budgétaire et la mobilisation des recettes, selon des sources gouvernementales citées par la presse locale. Une signature d'accord est envisagée d'ici fin 2026.

Des obstacles structurels à l'inclusion financière

L'ambition affichée se heurte à des contraintes documentées par les institutions financières internationales sur l'ensemble du continent : taux de bancarisation encore limité, couverture internet inégale hors des grands centres urbains, coût des transactions de mobile money pour les petits commerçants, et nécessité d'assurer l'interopérabilité entre banques, opérateurs télécoms et Trésor public.

D'autres pays africains ont emprunté une voie comparable. Le Rwanda et le Kenya ont digitalisé une large part de leur administration fiscale au cours de la dernière décennie, avec des gains de recouvrement documentés par des organisations internationales, mais aussi des difficultés persistantes d'adoption par les petits opérateurs informels. Le Ghana et la Côte d'Ivoire ont, de leur côté, déployé des dispositifs de facturation et de timbres fiscaux électroniques, confrontés à des résistances similaires côté administration.

Une plateforme numérique ne supprime pas mécaniquement les prélèvements illégaux si les contrôles physiques et les sanctions contre les faux contrôleurs, dénoncés par les syndicats de commerçants gabonais, ne suivent pas. La réussite de la réforme dépendra autant de la formation des agents publics et des commerçants que de la technologie elle-même.

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