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Voyager depuis le Gabon coûtera désormais plus cher

Voyager depuis le Gabon coûtera désormais plus cher

Alors que Libreville cherche à renforcer sa connectivité aérienne et à développer FlyGabon, le gouvernement introduit une redevance de 30 dollars (environ 17 250 FCFA) par passager international pour financer le déploiement du système de contrôle frontalier confié à Securiport. Un arbitrage qui pose la question du coût de la sécurité dans une économie qui veut attirer davantage d'investisseurs et de visiteurs.

 Le Journal officiel du 19 juin 2026 publie deux arrêtés distincts, signés le 10 juin par le ministère des Transports et de la Marine marchande : le premier crée une redevance aéroportuaire API/PNR, nouvelle taxe de 30 dollars américains (environ 17 250 à 18 000 FCFA) par passager sur les vols internationaux, à l'aller comme au retour ; le second révise à la hausse la redevance de sûreté déjà existante, dont le tarif domestique passerait de 3 000 à 7 000 FCFA. Les deux mesures s'additionnent sur la facture du voyageur, mais servent des objectifs distincts : la première finance spécifiquement le nouveau dispositif de collecte de données passagers confié à l'américain Securiport, la seconde renfloue le fonds de sûreté aéroportuaire au sens large.

Cette réforme n'est pas née du jour au lendemain. Le 21 mai 2026, le ministre d'État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi avait signé deux accords stratégiques, l'un avec le britannique Westminster Group, l'autre avec l'américain Securiport LLC, pour équiper les principaux aéroports internationaux du pays : Libreville, Port-Gentil, Mvengué, et Oyem selon plusieurs sources, d'un dispositif de collecte et de traitement des données préalables des passagers, conforme aux exigences de l'Organisation de l'aviation civile internationale en matière de lutte contre le terrorisme, le trafic de stupéfiants et la fraude documentaire. C'est ce contrat qui trouve aujourd'hui son financement dans la nouvelle redevance.

Le Gabon n'est pas un cas isolé. Securiport a signé un contrat similaire avec la République démocratique du Congo en octobre 2025, avec une clé de répartition des recettes de 85 % pour l'opérateur américain contre 15 % pour l'État congolais, un montage qui a suscité la controverse à Kinshasa, où cette nouvelle redevance s'ajoute à un « Go Pass » déjà critiqué pour son manque de transparence. La clé de répartition retenue pour le contrat gabonais n'a pas été rendue publique à ce stade, ce qui invite à la même vigilance.

Sur le papier, l'argument sécuritaire paraît difficilement contestable : les États doivent investir pour répondre aux standards internationaux de contrôle des frontières, et ces systèmes représentent des coûts que les budgets publics peinent parfois à absorber seuls. Mais la décision intervient dans un secteur aérien déjà confronté à un problème de compétitivité. En Afrique centrale, le coût du transport aérien figure parmi les plus élevés au monde, et chaque nouvelle contribution alourdit la facture finale du passager. Pour un aller-retour international, le cumul des deux nouvelles dispositions représente un surcoût net de l'ordre de 60 dollars, soit environ 36 000 FCFA, avant même la hausse parallèle de la redevance de sûreté.

Les compagnies aériennes s'en inquiètent déjà. Les responsables de FlyGabon ont interpellé les autorités sur le risque que ce cumul de taxes fait peser sur la compétitivité du pavillon national naissant, jugeant qu'une jeune compagnie ne peut rester attractive si le coût d'accès aux aéroports devient prohibitif pour les voyageurs comme pour les investisseurs.

L'enjeu dépasse le simple voyageur. Les entreprises, les investisseurs et les touristes sont eux aussi sensibles au coût d'accès à une destination. Alors que le Gabon affiche ses ambitions de diversification économique et d'ouverture aux investissements internationaux, toute hausse du coût du transport aérien mérite d'être analysée sous l'angle de son impact sur la compétitivité nationale. 

Reste que la réussite de cette réforme dépendra largement de sa capacité à produire des résultats visibles et à publier, comme l'exige la bonne gouvernance de ce type de partenariat, les termes exacts du contrat conclu avec Securiport — notamment la part des recettes qui reviendra effectivement à l'État gabonais. À travers cette redevance, le Gabon ouvre un débat plus large sur le financement des infrastructures de sécurité dans les économies émergentes : faut-il faire contribuer directement les usagers, ou considérer ces dépenses comme une mission régalienne relevant du seul budget de l'État ? La réponse apportée par Libreville est claire : la sécurité a un coût, et ce coût sera désormais partagé avec les voyageurs.

 

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