Deux projets de loi adoptés en Conseil des ministres le 25 juin 2026 actent la dissolution de l'opérateur historique en deux sociétés d'économie mixte distinctes. Une réforme structurelle qui répond à des années de défaillances accumulées, mais dont la crédibilité dépendra des arbitrages financiers encore non dévoilés.
C'est une page qui se tourne pour le secteur de l'eau et de l'électricité au Gabon. Réunis jeudi 25 juin 2026 sous la présidence du chef de l'État, Brice Clotaire Oligui Nguemla, les membres du Conseil des ministres ont adopté deux projets de loi mettant fin à la Société d'Énergie et d'Eau du Gabon (SEEG) sous sa forme actuelle. À l'opérateur unique, né de la concession accordée à Veolia en 1997 et nationalisé en 2018, succéderont deux entités aux périmètres distincts : « La Gabonaise des Eaux », chargée de la production, du transport et de la distribution d'eau potable, et « Électricité du Gabon », dédiée au volet énergétique avec une mission explicite de renforcement des infrastructures et de transition énergétique.
Les autorités de Libreville placent la réforme sous l'autorité de l'article 94 de la Constitution et des articles 30 et 31 de la loi n° 11/82 du 24 janvier 1983 régissant les établissements publics et sociétés d'État. Le choix de la société d'économie mixte, forme hybride associant capital public et privé tout en préservant le contrôle de l'État, signale une volonté de ne pas répéter le schéma de la concession tout en ouvrant la porte à des partenariats extérieurs.
Un constat d'échec en filigrane
Le vocabulaire soigné du communiqué gouvernemental ne dissimule qu'imparfaitement la réalité sous-jacente. L'engagement de « garantir la continuité et l'amélioration du service public » vaut aveu : cette continuité n'était plus assurée. La SEEG aura accumulé les signaux d'alarme au fil des mois : prolifération des branchements directs, pertes techniques et commerciales, défaut de paiement à l'égard de l'opérateur de centrale flottante Karpowership entraînant l'arrêt de la production, maintenance différée et dette croissante. Un opérateur à bout de souffle, incapable d'honorer simultanément deux missions de service public d'une complexité et d'une ampleur considérables.
La scission est, dans ce contexte, une reconnaissance implicite de cet échec. En isolant les responsabilités et en clarifiant les périmètres comptables, la réforme vise à rendre chaque activité pilotable de façon autonome. L'argument de gestion est recevable. Il ne résoudra pas pour autant les causes profondes : sous-investissement chronique, vétusté du réseau de distribution, arriérés fournisseurs. Sur ces points décisifs : recapitalisation, reprise des effectifs, traitement de la dette héritée, le communiqué observe un silence.
L'ARSEE sort de l'ombre
Le même texte donne enfin une réalité opérationnelle à l'Autorité de régulation du secteur de l'eau potable et de l'énergie (ARSEE), longtemps restée une coquille administrative. L'institution se voit dotée d'un secrétaire exécutif adjoint, de commissaires spécialisés : tarification, production, juridique, affaires sociales, et de directions support. La concomitance n'est pas fortuite : on ne démantèle pas un opérateur historique sans armer dans le même mouvement le régulateur chargé de fixer les tarifs, contrôler la qualité de service et arbitrer les futurs litiges.
Réforme de la SEEG et montée en puissance de l'ARSEE forment ainsi un geste institutionnel cohérent. Reste que la crédibilité de l'ensemble se mesurera non à l'architecture juridique retenue, mais aux financements engagés et à la capacité des deux nouvelles entités à rétablir, dans les délais les plus brefs, un service dont les défaillances pèsent quotidiennement sur les ménages et les entreprises gabonaises.