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Gabon : pourquoi importe-t-on encore 25 000 tonnes de poisson par an ?

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Gabon : pourquoi importe-t-on encore 25 000 tonnes de poisson par an ?

Avec ses 800 kilomètres de côtes, ses nombreux cours d’eau et une demande intérieure importante, le Gabon dispose d’atouts pour développer sa filière halieutique et aquacole. Pourtant, près de 25 000 tonnes de poisson sont encore importées chaque année. Derrière cette dépendance se joue une question économique majeure : pourquoi le pays peine-t-il à transformer son potentiel en production locale, en emplois et en valeur ajoutée ?

25 000 tonnes importées : le paradoxe d’un pays à fort potentiel halieutique

Le chiffre est révélateur. La consommation de poisson atteint environ 35 kg par habitant et près de 25 000 tonnes sont importées chaque année pour satisfaire la demande locale. Dans le même temps, le pays compte 423 exploitants actifs dans le secteur, mais celui-ci demeure vieillissant : seuls 22,7 % des exploitants ont moins de 35 ans. À cela s’ajoute un accès limité à des intrants de qualité.

Derrière ces données se trouve un véritable problème de politique économique. Les importations répondent à une demande que la production nationale ne parvient pas encore à satisfaire. Elles représentent donc à la fois une sortie de devises et une opportunité de marché pour les producteurs gabonais.

Le rapport de l’ONU ne présente d’ailleurs pas l’aquaculture uniquement comme une activité agricole. Il y voit également une possibilité de création d’emplois pour les jeunes. L’accompagnement de 138 acteurs de la filière dans les provinces de l’Estuaire, du Haut-Ogooué et du Woleu-Ntem a notamment porté sur l’amélioration de la productivité et de la rentabilité des exploitations.

De l’alevin au marché : la filière doit encore se structurer

L’expérience montre surtout que le problème ne se limite pas au nombre de producteurs. La filière doit pouvoir fonctionner comme une chaîne économique complète. Les producteurs ont besoin d’alevins de qualité, d’aliments adaptés, d’équipements, de compétences techniques, de financements et de débouchés.

L’initiative soutenue par la FAO a ainsi intégré la production d’intrants, le développement d’un prototype d’écloserie artisanale, l’amélioration de l’alimentation des poissons et la diffusion de bonnes pratiques de gestion.

Cette approche permet de comprendre pourquoi la production locale reste difficile à développer. Former un pisciculteur ne suffit pas. Il faut également sécuriser son approvisionnement, améliorer ses rendements, faciliter son accès au financement et lui garantir un marché. C’est tout l’enjeu du passage d’une multitude de petites initiatives à une véritable filière économique.

Le vieillissement des exploitants constitue un autre signal. Avec moins d’un quart des acteurs âgés de moins de 35 ans, le renouvellement générationnel apparaît comme une condition essentielle du développement de la filière. L’aquaculture peut pourtant offrir une activité susceptible d’intéresser les jeunes entrepreneurs, à condition que les obstacles techniques et financiers soient levés.

L’import-substitution, un marché à conquérir pour les producteurs gabonais

Le cas du poisson illustre ainsi un problème plus large de l’économie gabonaise : le pays dispose d’une demande intérieure significative, mais peine encore à transformer cette demande en production locale. Le paradoxe est particulièrement visible dans l’alimentation. Alors que la diversification économique et la réduction de la dépendance aux importations figurent parmi les priorités du développement, une partie importante de la consommation reste satisfaite par l’extérieur.

La question est donc moins de savoir si le Gabon peut produire du poisson que de déterminer dans quelles conditions la production nationale peut devenir compétitive face aux importations.

Cela suppose de regarder l’ensemble de la chaîne : coût des intrants, accès au crédit, énergie, transport, conservation, chaîne du froid, distribution et prix final. Sans cette approche intégrée, l’augmentation du nombre d’exploitants risque de rester insuffisante.

Le poisson pourrait pourtant devenir un cas d’école de l’import-substitution. Une production locale plus importante permettrait de répondre à une partie de la demande intérieure tout en créant des revenus et des emplois. L’enjeu dépasse donc largement l’aquaculture : il touche à la capacité du Gabon à transformer ses besoins de consommation en opportunités industrielles et entrepreneuriales.

Les 25 000 tonnes importées chaque année ne sont ainsi pas seulement un indicateur de dépendance alimentaire. Elles constituent aussi la mesure d’un marché que la production gabonaise n’a pas encore réussi à conquérir.

 

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