Neuf ans après la faillite de PosteBank SA, les premières indemnisations ont démarré le 20 juin 2026. Une avancée réelle, mais une Porganisation encore imparfaite qui commande de ne pas crier victoire trop tôt.
Plus de 72 milliards de francs CFA de créances à rembourser. Environ 60 000 particuliers spoliés. Neuf ans après la faillite de PosteBank SA, dont la liquidation en 2017 avait brutalement gelé les économies de dizaines de milliers de ménages gabonais, le gouvernement a enclenché le processus d'indemnisation de l'une des plus douloureuses banqueroutes de l'histoire récente du pays. Derrière cette opération se joue un enjeu bien plus profond que le simple remboursement d'avoirs gelés : ils'agit de restaurer un lien de confiance rompu entre l'État et ses citoyens. Pour les épargnants, ce n'est pas un dossier technique. C'est une blessure.
Les faits : anatomie d'une faillite annoncée
En 2017, PosteBank SA, filiale de la Poste, a fait faillite. Une banqueroute qui ne surgit pas du néant : selon les membres du Collectif des épargnants, les premiers signes de détresse remontent à 2015, date à laquelle les retraits avaient commencé à être bloqués sans explication officielle.
La structure de la dette est double. L'État a provisionné 31,212 milliards de francs CFA pour les épargnants particuliers, sur trois ans à raison d'un tiers par an. Les créances des entreprises touchées par la banqueroute sont évaluées à 41,154 milliards de francs CFA, dont le calendrier de remboursement reste à préciser.La mécanique de la désillusion avait suivi un schéma documenté : annonce d'un montant, réduction sans explication, silence administratif, puis nouvelle annonce. Le porte-parole du Collectif des épargnants avait livré un constat accablant : "Nous sommes partis de 10 milliards, la somme retenue sans explications, à 5 sans justification, et de 5 milliards à 3 milliards, toujours sans explications.”
Le tournant du 15 juin
Lors de son discours sur l'état de la Nation prononcé le 15 juin 2026 devant le Parlement réuni en congrès, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé le déblocage d'une enveloppe globale de 45 milliards de francs CFA, dont 10 milliards destinés au remboursement des épargnants de PosteBank et 35 milliards consacrés au paiement des rappels de soldes des agents publics. «Nous allons payer partranche», a-t-il précisé. Une annonce qui a été suivie des premiers règlements intervenus dès le mardi 16 juin.
Le chef de l'État avait évoqué la situation de nombreux épargnants victimes d'une injustice depuis une décennie, rappelant que certains sont décédés avant de pouvoir récupérer leurs économies. Le lendemain,le ministre de la Communication et des Médias, tification, et Germain Biahodjow, a présenté à la télévision nationale le calendrier de la première phase. Les détenteurs d'avoirs supérieurs à 500 000 FCFA devaient déposer leur relevé d'identité bancaire dans les bureaux de poste de leur localité, le mercredi 17 juin était consacré à la transmission des dossiers aux services du Trésor public.
Vendredi 19 juin : le coup d'envoi symbolique
Le président Oligui Nguema a procédé vendredi 19 juin en fin d'après-midi à Libreville au lancement officiel des opérations de remboursement. Il a personnellement remis leurs bons de caisse aux épargnants dont les avoirs ne dépassent pas 5 millions de francs FCFA. Cette première phase concerne environ 9 000 épargnants sur les quelque 18 000 victimes recensées lors de la dernière opération d'identification. Depuis, les paiements sont effectifs dans l'ensemble des bureaux de poste du pays.
Une organisation encore imparfaite
La réalité du terrain a tempéré l'élan. Au lendemain du lancement officiel, de nombreux bénéficiaires se sont rendus le samedi 20 juin à l'agence PosteBank du centre-ville de Libreville — l'opération était effective, mais l'organisation a suscité de vives critiques. Certains épargnants assurent être arrivés dès 5 heures du matin, sans avoir encore été reçus plusieurs heures plus tard. À Oyem, dans le Woleu-Ntem, plusieurs retraités et épargnants du troisième âge ont dénoncé de longues heures d'attente malgré leur âge avancé ou leur état de santé, ainsi que des difficultés liées à la vérification de leurs documents.
Perspectives : un test de crédibilité toujours ouvert
Les personnes qui n'ont pas effectué la dernière opération d'identification ne sont pas concernées par ce premier paiement. Pour les experts du financement public, la résolution complète de ce dossier conditionnera directement la capacité de l'État gabonais à relancer une culture de l'épargne populaire — préalable à toute politique d'inclusion financière crédible. Sans remboursement effectif et intégral, toute nouvelle institution d'épargne postale partira avec un déficit de confiance structurel. Le coup d'envoi de vendredi est réel. Mais avec 10 milliards décaissés sur 32 milliards dus aux seuls particuliers, et 60 000 épargnants au total dont 18 000 recensés lors de la dernière opération, l'essentiel reste devant. PosteBank demeure le premier banc d'essai concret, et le plus visible, de la promesse de la Ve République.