À l’occasion du 105ᵉ anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois (PCC), l’ambassadeur de Chine au Gabon, Zhou Ping, a organisé mardi à Libreville une conférence de presse visant à expliquer les ressorts de la longévité politique du parti au pouvoir à Pékin. Au-delà de la commémoration, l’exercice relevait surtout d’un travail de pédagogie politique destiné à présenter la vision chinoise de la gouvernance, du développement et des relations internationales.
Face aux autorités gabonaises et aux journalistes, l’ambassadeur de Chine au Gabon, Zhou Ping, a articulé son intervention autour d’une interrogation centrale : comment le PCC est-il parvenu à gouverner la Chine pendant plus d’un siècle tout en conservant sa capacité d’adaptation ? Une question qui renvoie directement à la narration officielle développée par Pékin depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping.
Le secret de la longévité du Parti communiste chinois
Le diplomate chinois a mis en avant ce que les autorités qualifient de «miracle chinois » : la transformation d’un pays autrefois pauvre en deuxième puissance économique mondiale, tout en maintenant une stabilité politique et sociale présentée comme l’un des principaux acquis du système chinois. Dans le récit du PCC, cette réussite découle d’une capacité à répondre aux attentes de la population, à planifier le développement sur le long terme et à ajuster les politiques publiques aux réalités nationales.
Cette argumentation s’inscrit dans la doctrine actuelle du pouvoir chinois. Depuis plusieurs années, Pékin insiste sur la notion de « modernisation à la chinoise », un concept qui entend démontrer qu’il existe une voie de développement différente du modèle occidental. Le PCC soutient que la croissance économique, la réduction de la pauvreté et le renforcement de la puissance nationale peuvent être atteints sans adopter le multipartisme libéral.
La gouvernance et la lutte contre la corruption comme piliers du système
L’autre axe majeur de la conférence a porté sur la discipline interne du Parti. Dans son exposé, Xiaole Zhu, ministre-Conseiller de l’ambassade de Chine au Gabon, a rappelé l’importance accordée à la lutte contre la corruption, devenue l’une des marques de fabrique de l’ère Xi Jinping. Depuis le 18ᵉ Congrès du PCC en 2012, des milliers de responsables ont été sanctionnés dans le cadre d’une campagne présentée comme indispensable à la préservation de la crédibilité du Parti.
Cette dimension n’est pas anodine. Pour Xiaole Zhu, la survie politique du PCC repose autant sur ses performances économiques que sur sa capacité à maintenir une discipline organisationnelle stricte. La gouvernance du Parti est ainsi présentée comme un processus permanent d’autoréforme et d’amélioration institutionnelle.
L’Afrique et le Gabon au cœur de la vision internationale de Pékin
Au-delà des questions intérieures, la rencontre de Libreville a également permis de rappeler la vision internationale défendue par la Chine. Zhou Ping a réaffirmé la volonté de son pays de promouvoir une « communauté d’avenir partagé pour l’humanité », formule désormais centrale dans la diplomatie chinoise. Derrière cette expression se trouve l’ambition de Pékin de proposer un ordre international davantage fondé sur la coopération économique, le respect de la souveraineté des États et le multilatéralisme.
Le Gabon occupe une place particulière dans cette stratégie. Les autorités chinoises présentent régulièrement les relations sino-gabonaises comme un modèle de partenariat Sud-Sud fondé sur la confiance mutuelle et les bénéfices réciproques. Dans un contexte de concurrence accrue entre grandes puissances sur le continent africain, Pékin cherche à consolider ses liens politiques, commerciaux et diplomatiques avec ses partenaires africains.
Cette conférence de presse aura donc dépassé le simple cadre commémoratif. Elle a surtout offert un aperçu de la manière dont la Chine contemporaine entend raconter son propre parcours : celui d’un parti qui revendique son efficacité, défend sa singularité politique et affirme son ambition de jouer un rôle croissant dans la gouvernance mondiale. Un discours désormais au cœur de l’influence chinoise en Afrique et dans les pays du Sud global.
La rhétorique du pouvoir, décodée
Les deux textes suivent la trame officielle fixée par Xi Jinping le 1ᵉʳ juillet : d'où vient le Parti, pourquoi réussit-il, où va-t-il. L'ambassadeur résume la méthode par une formule empruntée à la tradition chinoise : « Pour faire un bon acier, il faut des outils eux-mêmes solides » — la discipline interne comme condition de légitimité. Le représentant du ministre développe la doctrine anticorruption sous sa formule consacrée : « ne pas oser, ne pas pouvoir, ne pas vouloir ». On retrouve les marqueurs habituels du discours extérieur chinois : « communauté d'avenir partagé pour l'humanité », « Ceinture et Route », et la notion de « Sud global », cadre désormais privilégié du partenariat avec l'Afrique — signe d'une diplomatie qui mise sur la solidarité Sud-Sud plutôt que sur le seul registre économique.
Les silences qui en disent long
Deux absences frappent : ni la « prospérité commune », pilier du discours intérieur depuis 2021, ni les « nouvelles forces productives de qualité », mantra de l'autonomie technologique depuis 2024, n'apparaissent. L'économie est réduite à des chiffres de façade — croissance de 5,4 %, PIB par habitant supérieur à 13 000 dollars — sans un mot sur l'immobilier, la déflation ou le chômage des jeunes. La lutte anticorruption, elle, cantonne les « graves risques latents » à l'après-1978, évitant toute allusion aux purges plus récentes. Aucune mention de Taïwan ni des tensions commerciales avec Washington.
Continuité plus que rupture
Rien ne relève d'un durcissement doctrinal : le corpus reste celui, stable, des « quatre initiatives mondiales » lancées depuis 2021. La seule inflexion perceptible est sémantique — l'insistance sur le « Sud global » et les « cercles concentriques » du lien Parti-peuple, habillage plus consensuel pour un message inchangé sur le fond.
Portée géopolitique
Pour Libreville, ce double discours confirme que Pékin mise sur la profondeur idéologique de la relation, au-delà des seuls contrats miniers, à l'heure où il cherche des alliés stables face à la pression américaine sur son modèle économique.