Officiellement, ce Conseil de cabinet exceptionnel du 8 juillet, réunissant tous les patrons des régies financières autour de Brice Clotaire Oligui Nguema, parle de recettes fiscales et de bonne gouvernance. Mais d'après les analystes financiers, chaque chantier annoncé correspond, presque terme à terme, aux exigences habituelles d'un programme du FMI, que Libreville négocie depuis plusieurs mois.
L'audit des exonérations fiscales et douanières en est l'exemple le plus net. C'est précisément le type de mesure que le Fonds réclame avant tout décaissement : élargir l'assiette fiscale sans toucher aux dépenses sociales. En ciblant les niches « arrivées à échéance », le chef de l'État affiche une réforme sans douleur pour les ménages, un argument utile face à l'opinion, mais aussi face aux négociateurs du Fonds, qui scrutent la capacité de l'État à mobiliser des recettes propres plutôt qu'à s'endetter davantage.
La digitalisation de la Direction générale des Impôts (DGI), de la Direction générale des Douanes et Droits indirects (DGDDI) et du Trésor répond au même objectif : améliorer le recouvrement, réduire les marges de fraude, rassurer sur la fiabilité des chiffres publics. Quant à la « stratégie rigoureuse de soutenabilité de la dette », elle fait écho, presque mot pour mot, aux lignes rouges fixées par le chef de l'État à ses négociateurs en février dernier.
Un rendez-vous mensuel, déjà pensé comme un outil de conditionnalité
Le choix d'institutionnaliser ce Conseil sur un rythme mensuel confirme la lecture : un programme FMI ne se limite pas à sa signature, il impose un suivi régulier des indicateurs. En se dotant, en amont, d'un format de pilotage mensuel de la mobilisation des recettes et de l'exécution budgétaire, Libreville se met en ordre de marche pour un cadre de conditionnalités qu'il devra, de toute façon, respecter une fois l'accord signé.
Un signal autant destiné aux marchés qu'à l'opinion
Ce calendrier resserré n'est pas non plus neutre sur le plan de la communication financière. Les agences de notation et les investisseurs obligataires suivent de près la trajectoire budgétaire gabonaise, notamment via l'évolution du spread sur la dette souveraine, resté élevé ces derniers mois. Annoncer un pilotage mensuel de l'exécution budgétaire, plutôt qu'un simple bilan annuel, envoie un signal de discipline destiné autant aux marchés qu'à l'opinion nationale.
Le risque d'une mise en scène sans résultats
Les spécialistes de la finance, comme François Binet, estiment cependant qu'il y a un risque à cette mise en scène répétée. « Un audit des exonérations sans chiffrage rendu public, une digitalisation annoncée mais non déployée, ou une exécution budgétaire qui continuerait de déraper malgré le nouveau format de suivi, se retourneraient contre l'exécutif au moment précis où sa crédibilité budgétaire est scrutée de l'extérieur », analyse-t-il. Le pari d'Oligui Nguema, souligne-t-il, n'est donc pas seulement de réformer ; c'est de le faire savoir, mois après mois, à un moment où la parole budgétaire de l'État vaut presque autant, pour ses partenaires financiers, que les chiffres eux-mêmes.
Reste une question que la communication officielle ne tranche pas : ce calendrier resserré vise-t-il à accélérer la signature attendue depuis quelques mois, ou simplement à démontrer, aux marchés comme au Fonds, une discipline budgétaire qui reste, pour l'instant, à confirmer dans l'exécution.