L'Unité de gestion des réformes des institutions financières de la CEMAC (UGRIF) a publié, le 10 juillet, les résultats du programme de dynamisation boursière cofinancé par la Banque africaine de développement (BAD) et le fonds FAPA à hauteur de 142,9 millions de FCFA. Conçu pour prendre en charge l'intégralité des frais d'introduction en bourse de quatre entreprises de la sous-région, ce mécanisme a plébiscité un trio gabonais : Samb'a Assurances, Gabon Power Company (GPC) et la Façade Maritime du Champ Triomphal (FMCT).
Le marché financier d'Afrique centrale s'apprête à vivre un tournant historique, et Libreville en tient fermement les commandes, avec 75 % de lauréats. La diversité sectorielle du trio gagnant démontre la densité de la préparation du pipeline corporate national, loin des clichés d'un marché boursier réservé aux seuls géants bancaires.
Gabon Power Company (GPC), filiale du FGIS, incarne le capitalisme d'infrastructure, avec en perspective l'ambition de lever entre 40 et 50 milliards de FCFA pour financer le mix énergétique national, notamment le projet Kinguélé Aval. De son côté, la Façade Maritime du Champ Triomphal (FMCT), également sous le contrôle du FGIS, prouve que l'aménagement urbain durable, notamment la Baie des Rois, peut s'adosser aux exigences de la finance de marché. Samb'a Assurances complète ce trio, apportant la touche du secteur assurantiel à ce pipeline diversifié.
Cette opération marque également la volonté de faire sauter le verrou du ticket d'entrée. Historiquement, le coût d'accès au marché d'actions, incluant les honoraires juridiques, les audits de certification sur trois exercices et les commissions de la COSUMAF et de la BVMAC, agissait comme un puissant repoussoir pour les directions financières. « La neutralisation des coûts fixes initiaux via le don de la BAD élimine le risque d'accès. Pour un émetteur, cela sécurise immédiatement le retour sur investissement de l'opération de levée de fonds », explique un expert financier.
D'autres y voient une véritable révolution financière dans la zone CEMAC. L'enjeu dépasse la simple levée de fonds. La place financière régionale souffre d'une atonie de son compartiment « Actions », largement distancé par le dynamisme des obligations d'État, où le Gabon représente une part significative de l'encours. Après l'introduction majeure de BGFI Holding Corporation à la cote en mai 2026, le succès futur du trio offrira une place de choix au Gabon dans la culture de l'actionnariat populaire et de la transparence financière en Afrique centrale.
Bon à savoir : le coût d'une introduction en bourse (IPO) à la BVMAC représente généralement entre 4 % et 7 % des montants levés, incluant les commissions des banques conseils, les honoraires d'auditeurs et les frais légaux. La BAD, via le fonds FAPA et le dispositif porté par l'UGRIF, prend en charge ces frais pour les entreprises sélectionnées, à travers une enveloppe totale d'environ 143 millions de FCFA destinée à l'ensemble des quatre sociétés retenues. Pour les entreprises non subventionnées, ces dépenses couvrent l'accompagnement par des intermédiaires financiers agréés et les droits de cotation fixés par la BVMAC.