Produire davantage ne garantit pas l'accès au marché. Derrière les ambitions de souveraineté alimentaire et de diversification économique du Gabon se cache un défi souvent sous-estimé : la maîtrise de la chaîne d'approvisionnement. De la structuration des exploitations à la réglementation douanière, en passant par l'emballage, les Incoterms ou le transport, la logistique demeure un facteur déterminant de la compétitivité des produits agricoles. C'est autour de cette problématique que s'est tenue, le 11 juillet à Libreville, la première Workclass « Agri Supply Chain gabonaise », organisée par Women in Logistics Africa (WILA) Gabon, en partenariat avec E-C Douane et le Cabinet 2NY Consulting.
Longtemps, les politiques agricoles se sont concentrées sur l'augmentation de la production. Or un produit qui ne peut être acheminé dans de bonnes conditions, respecter les normes d'exportation ou parvenir à temps chez son acheteur perd rapidement sa valeur économique.
Sur près de 6h heures, de 10h à 15h45, la Workclass a décliné cette problématique en trois modules successifs — l'agripreneur et sa structure, la réglementation selon les destinations, l'emballage et le transport — rappelant que la chaîne d'approvisionnement constitue désormais un levier stratégique. Numérisation des exploitations, professionnalisation des entreprises agricoles, maîtrise des procédures douanières, connaissance des réglementations de la CEMAC et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), choix des Incoterms, assurance, emballage et transport font désormais partie des compétences attendues d'un agripreneur.
Des compétences encore insuffisamment développées
Le premier module, consacré à la structuration de l'entreprise agricole, a réuni Yannick Ebibié, Directeur général de la Société d'incubateur numérique (SING), venu plaider pour un usage accru du numérique dans l'organisation des exploitations, et Richard Bouckat, Directeur général du Cabinet de recrutement Homme & Développement, qui a détaillé les métiers de la chaîne de valeur agricole sous l'angle de la visibilité, de l'employabilité et des compétences à développer.
Le témoignage de l'agrotransformateur Serge Benoît Magaya, caféiculteur gabonais qui transforme localement le café du Gabon et dont le travail a déjà été distingué par des prix internationaux, est venu illustrer une réalité bien connue des entrepreneurs : les difficultés ne s'arrêtent pas à la récolte. Stockage, conservation, transport ou accès aux marchés représentent souvent les principaux obstacles à la rentabilité des exploitations.
Le deuxième module a porté sur la réglementation selon les destinations, avec les interventions de Rock Emmanuel Mvé Mboro, du Cabinet REM, sur les régimes CEMAC et ZLECAf, puis de Valérie Benquet, d'E-C Douane, sur la réglementation internationale et les responsabilités qui en découlent — avant une séquence dédiée aux Incoterms. Le troisième module, animé en binôme par Pauline White et Rock Emmanuel Mvé Mboro, a traité de l'emballage, du transport, de l'assurance et de la répartition des responsabilités le long de la chaîne, avant une séquence de valorisation des jeunes talents et startups du secteur.
La logistique, nouvel enjeu de souveraineté alimentaire
Pour le Gabon, où les importations couvrent encore une large part des besoins alimentaires, la performance logistique devient un enjeu économique majeur. Réduire les pertes post-récolte, améliorer la circulation des marchandises, faciliter les exportations régionales et répondre aux exigences des marchés sont autant de conditions pour créer davantage de valeur sur le territoire.
Au-delà de la formation, cette première Workclass traduit une évolution des priorités. L'agriculture ne peut plus être pensée uniquement sous l'angle de la production. Sa réussite dépend désormais de l'efficacité de toute la chaîne d'approvisionnement, depuis l'exploitation jusqu'au consommateur final. Dans un contexte d'intégration régionale et de montée en puissance de la ZLECAf, la maîtrise de la supply chain apparaît comme l'un des principaux leviers pour renforcer la compétitivité des filières agricoles gabonaises et attirer davantage d'investissements dans leur transformation.