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Interdiction des commerces de proximité aux expatriés : un an après, où en est la mesure ?

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Interdiction des commerces de proximité aux expatriés : un an après, où en est la mesure ?

Un an après l’interdiction de sept métiers aux étrangers, le gouvernement gabonais entend mesurer les premiers effets d’une réforme ambitieuse. Si certains jeunes entrepreneurs ont réussi à tirer leur épingle du jeu, les défis de terrain restent nombreux. Entre réussites individuelles et obstacles structurels, le projet de « nationalisation » du petit commerce peine encore à trouver son rythme de croisière.

Des réussites encourageantes, mais des parcours contrastés

À Mindoumbé III, Jessica, 24 ans, incarne une réussite rendue possible par un accompagnement public. Après une formation financée par le Pôle national de promotion de l’emploi (PNPE), elle a ouvert son institut de coiffure et de soins esthétiques. « Aujourd’hui, j’ai un vrai local, des clientes fidèles et je forme une apprentie », se félicite-t-elle. Elle nuance toutefois : « La mesure n’a pas totalement libéré le terrain, mais certaines clientes viennent parce qu’elles savent qu’ici, c’est du sérieux et que l’argent reste au Gabon. »

À Nkembo, Brice, 27 ans, a fait le pari de la reconversion. Ancien vendeur de fripes, il s’est lancé dans les soins esthétiques pour hommes avec ses propres économies. Aujourd’hui, son salon affiche complet du mardi au samedi. « Ce n’est pas un sous-métier, c’est un vrai business », insiste-t-il.

Ces parcours témoignent d’opportunités nouvelles pour certains jeunes, mais ils ne suffisent pas encore à mesurer l’impact global de la réforme.

Des difficultés persistantes sur le terrain

À Libreville, sur le site très fréquenté de l’ancienne gare routière, Steeve, 29 ans, répare des téléphones dans un environnement historiquement dominé par des ressortissants ouest-africains. « Quand j’ai commencé, j’étais le seul Gabonais sur une rangée de vingt réparateurs. Les clients me regardaient bizarrement », raconte-t-il.

Sans formation spécialisée ni soutien financier, il a dû s’imposer par la qualité de son travail et la transparence de ses tarifs. « La mesure nous a donné une chance, mais il faut la saisir. La nationalisation ne fait pas tout : il faut du courage, du sérieux et de la formation. »

Son témoignage illustre l’une des limites de la réforme : ouvrir un espace économique aux nationaux ne garantit pas, à lui seul, l’accès au financement, à la formation, aux équipements ou aux emplacements commerciaux les plus attractifs.

Un signal politique fort, mais des conditions à réunir

Ces histoires reflètent l’ambition du gouvernement, qui a interdit aux étrangers l’exercice de plusieurs activités de proximité, notamment dans le commerce, la réparation de téléphones, la coiffure et les soins esthétiques de rue. L’objectif affiché est de favoriser l’emploi des nationaux, de formaliser ces activités et de renforcer leur participation à l’économie.

Le secteur informel représente une part importante de l’activité économique gabonaise. Selon les données retenues par les autorités, il pèserait entre 35 % et 41 % du PIB, tandis qu’une part importante de ses unités économiques serait détenue par des étrangers. Ces chiffres doivent toutefois être appréciés avec prudence selon la définition retenue du secteur informel et la période de référence.

Pour Louis Paul Motass, analyste économique, la mesure présente des avantages potentiels : « Qui dit commerces de proximité tenus par des expatriés dit transfert de capitaux vers l’étranger. La mesure peut permettre de maintenir et d’absorber les revenus des nationaux, stimulant ainsi la consommation et la croissance du PIB. »

Mais pour Albin-Baptiste Mabicka Mabicka, docteur en histoire économique, l’accompagnement constitue la clé de la réussite : « L’État doit jouer un rôle fondamental. Sans son appui déterminé, l’entrepreneuriat au Gabon pourrait subir le même sort que les initiatives précédentes. La BCEG, l’ANPI et le PNPE deviennent des acteurs cruciaux. »

Cette nécessité d’accompagnement rejoint les préoccupations exprimées récemment par le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a interpellé la jeunesse sur le faible recours aux 20 milliards de FCFA dédiés à l’entrepreneuriat.

Un projet en cours, des défis à relever

Un an après son lancement, la réforme n’a pas encore produit tous les effets économiques attendus. Les premiers succès individuels sont encourageants, mais ils mettent également en évidence des disparités dans l’accès au financement, à la formation et à des espaces commerciaux viables.

La prudence reste donc de mise. La formalisation des activités, la montée en compétences, l’accès au crédit et la capacité à maintenir une activité rentable demeurent des conditions déterminantes.

Car déplacer la propriété d’une activité ne suffit pas à créer durablement de la valeur. Pour que la réforme transforme réellement le paysage du petit commerce, les opportunités ouvertes aux nationaux devront s’accompagner de compétences, de financement, d’infrastructures commerciales adaptées et d’un environnement permettant aux entreprises de survivre au-delà de leur première année.

Comme le résume Steeve : « La nationalisation ne fait pas tout. »

Le véritable bilan de la réforme ne se mesurera donc pas seulement au nombre de commerces repris par des Gabonais, mais à leur capacité à durer, à créer des emplois, à se formaliser et à contribuer durablement à l’économie nationale.

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