Au Gabon, les grandes célébrations nationales concentrent en quelques jours une demande supplémentaire dans l’hôtellerie, la restauration, le commerce, le transport et les services. Pour les PME, cette période peut représenter un marché important. Mais derrière l’animation commerciale, une question demeure : ces dépenses créent-elles une activité durable ou seulement un surcroît temporaire de chiffre d’affaires ?
Une fête nationale génère une activité économique qui dépasse largement les cérémonies officielles. Elle mobilise des hôtels, des restaurants, des transporteurs, des imprimeurs, des entreprises de communication, des prestataires techniques, des commerçants, des artisans et de nombreux fournisseurs.
Pendant quelques jours, la demande augmente. Pour certaines petites et moyennes entreprises, cette concentration de dépenses constitue une véritable fenêtre commerciale. Une commande de restauration, une prestation de décoration, la location de matériel, le transport de participants ou la fourniture de supports de communication peuvent représenter plusieurs semaines de chiffre d’affaires.
Mais une hausse ponctuelle des ventes ne suffit pas à parler de transformation économique.
Le premier enjeu est celui de la captation de la demande. Pour que les festivités profitent réellement aux PME gabonaises, encore faut-il que celles-ci puissent accéder aux marchés générés par les événements. Lorsque les contrats sont concentrés entre quelques opérateurs ou lorsque certaines prestations sont confiées à des fournisseurs extérieurs, l’effet sur le tissu entrepreneurial local est mécaniquement réduit.
La question de la commande devient donc centrale. Une PME ne bénéficie véritablement d’un événement que si elle peut décrocher un marché dans des conditions lui permettant de couvrir ses coûts et de dégager suffisamment de marge pour investir.
Le paiement constitue également un facteur déterminant. Une entreprise qui doit attendre plusieurs mois pour encaisser une prestation peut connaître des difficultés de trésorerie malgré un carnet de commandes rempli. Pour une petite structure, le délai entre l’exécution d’un contrat et son règlement peut être aussi important que le montant du contrat lui-même.
L’hôtellerie et la restauration illustrent bien cette situation. Une augmentation de la fréquentation peut soutenir le chiffre d’affaires, mais elle peut aussi accroître les besoins en personnel, en approvisionnement et en trésorerie. Si les produits nécessaires doivent être massivement importés, une partie de la valeur créée par la consommation festive quitte rapidement l’économie nationale.
L’enjeu est donc de maximiser l’effet multiplicateur local.
Les festivités peuvent aussi servir de test grandeur nature pour les PME. Une entreprise capable de répondre à une forte demande, de respecter des délais et de maintenir la qualité de ses prestations peut ensuite utiliser cette expérience pour conquérir d’autres clients. Une commande ponctuelle devient alors une référence commerciale et peut contribuer à la croissance future.
C’est cette capacité de prolongement qui devrait être davantage recherchée.
Car il existe une différence entre animation économique et développement économique. Les festivités peuvent provoquer un pic de consommation sans modifier durablement la capacité productive d’un territoire. Elles deviennent un véritable levier pour les PME lorsqu’elles permettent d’augmenter les revenus, de préserver ou créer des emplois, d’investir et surtout de conquérir de nouveaux marchés.
Pour les pouvoirs publics, la question n’est donc pas uniquement de savoir combien les festivités ont coûté ou combien elles ont généré de dépenses. Il faut également mesurer la part des marchés captée par les entreprises locales, les emplois mobilisés, les investissements réalisés et les effets qui subsistent après les célébrations.
Les festivités peuvent donc créer des opportunités pour les PME. Mais elles ne constituent pas, à elles seules, une politique de développement du secteur privé.
Le véritable indicateur ne sera pas le chiffre d’affaires réalisé pendant quelques jours. Il sera ce que les entreprises auront réussi à conserver lorsque les festivités seront terminées.