La formalisation est devenue un indicateur central des politiques de soutien à l’entrepreneuriat. Pourtant, une entreprise enregistrée n’est pas nécessairement une entreprise qui produit, investit ou crée des emplois. Pour le Gabon, l’enjeu est désormais de passer de la création administrative d’entreprises à la création réelle de valeur.
Obtenir un numéro d’identification, s’inscrire au registre du commerce et disposer d’une existence juridique constitue une étape importante dans la vie d’un entrepreneur. Mais cette formalisation ne suffit pas à transformer une activité en moteur de croissance.
C’est toute l’ambiguïté du débat entrepreneurial. Le nombre d’entreprises créées est facilement mesurable. Leur contribution réelle à l’économie l’est beaucoup moins.
Une entreprise peut être officiellement constituée et rester sans activité significative. Elle peut ne disposer d’aucun salarié, réaliser un chiffre d’affaires très faible ou fonctionner de manière intermittente. Dans ce cas, la formalisation aura surtout produit une existence administrative, sans créer automatiquement de richesse supplémentaire.
La véritable question devrait donc être celle de la survie et de la croissance des entreprises.
Combien restent actives après trois ans ? Combien augmentent leur chiffre d’affaires ? Combien recrutent ? Combien investissent dans des équipements ? Combien accèdent à de nouveaux marchés ? Combien parviennent à intégrer les chaînes de valeur des grandes entreprises ou à conquérir des marchés régionaux ?
Ces indicateurs permettent davantage de mesurer la vitalité entrepreneuriale d’une économie que le seul nombre d’immatriculations.
Pour le Gabon, cette distinction est fondamentale. Le pays cherche à diversifier son économie et à renforcer le secteur privé. Mais cette transformation ne pourra pas reposer uniquement sur une multiplication des créations d’entreprises. Elle nécessite l’émergence d’un tissu de PME capables de produire durablement et de changer d’échelle.
Or, la performance d’une entreprise dépend aussi de son environnement. Un entrepreneur peut être parfaitement formalisé et rester confronté à un accès difficile au financement, à des coûts logistiques élevés, à des problèmes d’énergie, à une demande insuffisante ou à des difficultés d’accès aux marchés.
La formalisation donne un cadre. Elle ne donne pas de clients.
C’est pourquoi les politiques publiques doivent aller au-delà de l’immatriculation. L’accès au crédit, aux mécanismes de garantie, à la commande publique, à l’accompagnement technique et aux marchés régionaux est déterminant pour transformer une petite activité en entreprise viable.
Le financement est particulièrement stratégique. Sans fonds de roulement, sans capacité d’investissement et sans possibilité de financer sa croissance, une entreprise risque de rester au stade de la survie. Or, une économie productive a besoin d’entreprises capables d’investir, d’embaucher et d’augmenter progressivement leur productivité.
Cette réalité impose aussi de revoir la manière dont sont évaluées les politiques d’appui à l’entrepreneuriat. Le succès ne devrait pas seulement être mesuré au nombre de personnes accompagnées ou d’entreprises formalisées. Il devrait également être apprécié à partir des emplois créés, du chiffre d’affaires généré, des investissements réalisés et de la durée de vie des entreprises accompagnées.
La formalisation reste donc indispensable, notamment pour améliorer la visibilité du tissu économique et faciliter l’accès à certains dispositifs. Mais elle ne constitue qu’un point de départ.
Le véritable défi pour le Gabon est de transformer des entrepreneurs officiellement reconnus en entreprises économiquement solides.
Car une économie ne se développe pas avec des entreprises simplement enregistrées. Elle se développe avec des entreprises qui produisent, vendent, investissent, recrutent et deviennent suffisamment compétitives pour durer.
La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’entrepreneurs ont été formalisés. Elle est de savoir combien ont réussi à créer une activité économique durable.