Au Gabon, cette porte reste fermée pour beaucoup. Femmes entrepreneures, jeunes diplômés, commerçants du secteur informel, populations rurales : ils ont des projets solides, mais pas d'accès. Pas de formation. Pas de financement. Pas de réseau pour se faire connaître. Le résultat est simple. Des talents restent invisibles. Des idées viables ne rencontrent jamais leur marché. Et l'économie tout entière perd une part de sa croissance, faute d'avoir su l'inclure. Ce n'est pourtant pas un problème de potentiel. C'est un problème d'accès.
Il y a quelques semaines, une commerçante de quartier me racontait comment elle vend désormais ses produits par WhatsApp. Pas de boutique. Pas de local. Un téléphone, une photo, un numéro de paiement mobile. Elle touche plus de clients qu'elle n'en a jamais eu. Ce n'est pas un outil technologique. C'est une porte d'entrée.
Le smartphone a fait ce que des années de dispositifs d'appui n'avaient pas réussi : mettre le marché à portée de main. Les plateformes de paiement mobile, le commerce en ligne et les réseaux sociaux ont remplacé la boutique, le local, le capital de départ. L'intelligence artificielle va plus loin encore. Elle aide à rédiger un plan d'affaires, à analyser un marché, à structurer une offre, à préparer une communication client.
Des tâches qui exigeaient hier un consultant deviennent accessibles à ceux qui n'avaient ni le réseau ni les moyens d'y prétendre. L'IA réduit ainsi une asymétrie ancienne. Celle qui séparait les grandes structures, capables de s'entourer d'experts, des petits acteurs, livrés à eux-mêmes.
Mais une porte ouverte ne garantit pas qu'on sache la franchir. L'accès aux outils ne suffit pas. Il faut de la formation. Un accompagnement dans la durée. Une attention particulière aux femmes et aux entrepreneurs émergents, souvent les derniers servis. Cela ne relève pas d'un seul acteur. Pouvoirs publics, entreprises et organisations d'appui doivent avancer ensemble, et dans la durée.
La question n'est plus de savoir si le numérique transformera nos économies. Il le fait déjà. La vraie question est de savoir qui il inclura. Une croissance durable est une croissance partagée.