Les confettis sont à peine balayés, les derniers airs de la fanfare se sont tus. Pourtant, dans les cuisines et les salons gabonais, un silence inhabituel s’est installé. Celui des enveloppes vides et des relevés bancaires qui virent au rouge.
« J’ai voulu faire plaisir à toute la famille, recevoir comme il se doit. Mais aujourd’hui, je regarde le mois de septembre avec des sueurs froides », confie Jean-Pierre, fonctionnaire à Owendo.
Ce sentiment d’euphorie suivie d’une douloureuse réalité financière n’est pas une fatalité. Si l’on ne peut revenir sur les dépenses engagées pour célébrer l’indépendance, il est encore temps de prendre le taureau par les cornes. Voici trois clés, validées par des experts, pour transformer ce « trou d’air » en un véritable nouveau départ.
Objectif SMART : quand le flou devient votre pire ennemi
Le premier piège après une période de fêtes est de se fixer des résolutions vagues. « Je vais faire attention » ou « Je dois économiser plus » sont des vœux pieux qui ne résistent pas à la première tentation.
Yves Martial Mintsa, analyste financier et consultant à Libreville, insiste sur la méthode SMART : un objectif doit être Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporel. « Dire “je veux épargner” ne sert à rien. Dire “je vais épargner 15 000 FCFA par mois jusqu’à décembre pour payer les fournitures scolaires”, ça change tout ! »
Bernadette, commerçante au marché Mont-Bouët, a appliqué le conseil : « Avant, je mettais l’argent dans une boîte sans compter. Maintenant, je note : 5 000 FCFA par semaine pour la caisse noire. C’est petit, mais c’est clair. Et ça, je peux le faire. »
Le budget familial : un mal pour un bien
Avoir un objectif, c’est bien. Disposer d’une feuille de route pour l’atteindre, c’est mieux. Le budget est souvent perçu comme une camisole financière, mais il agit comme un garde-fou, surtout après des achats impulsifs.
Yves Martial Mintsa recommande de le partager en couple ou en famille : « Trop souvent, les conjoints n’osent pas aborder l’argent par peur des conflits. Un budget reflète des priorités communes. Le loyer et l’alimentation passent en premier. Il faut oser la discussion, même inconfortable. »
Philippe, ingénieur dans une société privée , en a fait l’expérience : « Ma femme et moi étions en désaccord sur les dépenses des enfants. On s’est assis, on a tout écrit. Résultat : on a coupé des abonnements inutiles et trouvé un terrain d’entente. Ce n’était pas une partie de plaisir, mais ça nous a évité une crise. »
Le suivi : l’arme absolue contre les dépenses fantômes
L’étape que tout le monde zappe. « Je connais mes rentrées et mes sorties », se rassure-t-on. Mais c’est souvent là que se cache le loup.
Prendre vingt minutes par semaine pour noter ses dépenses permet de débusquer les fuites invisibles : cigarettes, sodas quotidiens, frais de transport non optimisés. « Acheter des baskets de running ne fait pas perdre de poids. Il faut courir et se peser. C’est pareil pour l’argent », illustre l’analyste.
Cécile, enseignante au Lycée national Léon Mba, l' a si bien compris : « En une semaine, j’ai découvert que je dépensais 7 000 FCFA en petits achats de rue sans m’en rendre compte ! J’ai réorienté cette somme vers mon épargne pour la rentrée. Je ne réalisais pas. »
L’avis de l’expert : indulgence et constance
Yves Martial Mintsa tempère l’ardeur des ménages tentés par des économies radicales : « L’erreur, après une grosse dépense, est de vouloir rattraper le temps perdu avec des objectifs inatteignables. Si vous n’avez jamais épargné, ne visez pas 50 % de votre salaire. Commencez par 5 %, puis 10 %. La régularité prime sur l’ampleur. »
Méthode de choc : le plan de renflouement express de Willy Ontsia
Pour aller plus loin, Willy Ontsia, expert financier, propose une approche complémentaire, plus offensive : « La question n’est pas de culpabiliser, mais de se renflouer vite et sans s’endetter davantage. »
Il détaille une méthode en quatre temps, adaptée à la réalité gabonaise :
1. Règle du frigo et du congélateur : pendant 7 jours, interdiction d’acheter de la nourriture à l’extérieur. On finit les restes des fêtes. Économie immédiate.
2. Enveloppes à la gabonaise : dès réception d’argent, répartir en trois parts : 50 % besoins vitaux (loyer, nourriture, transport, dettes); 30 % objectif renflouement (cagnotte pour remonter) et 20 % plaisir et imprévu.
3. Tontine inversée : au lieu d’attendre son tour, lancer une petite tontine de crise de 15 jours avec 5 à 10 proches de confiance. Permet de récupérer du cash rapidement, sans micro-crédit à 15 % d’intérêt.
4. Monétiser ses compétences : si vous disposez d’un savoir-faire immédiatement valorisable, optimisez votre temps mort. Coiffure, cours de soutien, livraison, nettoyage, création graphique… En un seul week-end, on peut renflouer sa trésorerie.
« L’objectif n’est pas d’être parfait financièrement, mais de progresser, une étape à la fois », rappelle Yves Martial Mintsa. La fin des fêtes n’est pas une fin en soi, c’est le début d’une nouvelle discipline.
Quant à Willy Ontsia, il conclut avec un message d’espoir pragmatique : « Avec ces quatre techniques, vous pouvez amorcer un rebond dès cette semaine. L’essentiel est de passer à l’action, sans attendre que le mois de septembre vous rattrape. La discipline, couplée à l’ingéniosité, est votre meilleur allié pour transformer une fin de fêtes en un nouveau départ financier. »