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Sosthène Nguema Nguema : « Notre priorité est de transformer nos ressources» 

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Sosthène Nguema Nguema : « Notre priorité est de transformer nos ressources» 

De la transformation du manganèse à l'exploitation du fer, en passant par la réforme du Code minier et le renforcement du contenu local, le Gabon entend faire du secteur minier un levier de souveraineté économique. Dans cet entretien avec Les Échos de l'Éco, Sosthène Nguema Nguema, ministre des Mines et des Ressources géologiques, revient sur l'état d'avancement des principaux projets, les contraintes qui pèsent sur le calendrier de transformation du manganèse et les réformes engagées pour mieux capter la valeur créée par les ressources du sous-sol gabonais.

Le gouvernement a annoncé la fin programmée des exportations de manganèse brut à l'horizon 2029, afin de favoriser la transformation locale. Aujourd'hui, où en est-on ?

C'est avant tout un projet, et je suis moi-même spécialiste en management de projet. Dans ce cadre, on commence toujours par une planification, assortie d'indicateurs qui permettent de vérifier, à mi-parcours, que les délais fixés sont tenus. Au fil de l'avancement, on peut constater des retards ou des contraintes diverses qui amènent à revoir cette planification, y compris les délais eux-mêmes, qui peuvent varier selon les acteurs.

Pour certains opérateurs, l'échéance de 2029 reste inchangée. Pour d'autres, des raisons techniques ou financières peuvent justifier un ajustement à 2030, voire 2031. Il ne s'agit pas d'une bataille sur les dates : l'essentiel, c'est le projet lui-même. Un projet n'est pas un dogme : il peut être révisé à mi-parcours, sur les dates comme sur les actions, selon la réalité de chaque acteur, privé ou étatique.

En 2026, force est de constater que nous ne disposons pas encore de toute l'énergie nécessaire pour tenir strictement l'échéance de 2029. Selon les cas, certains projets pourraient avancer à 2028, d'autres glisser à 2030. Le plus important, c'est que le processus a démarré. C'est le cas pour Nouvelle Gabon Mining, qui va lancer son four de transformation du manganèse. Pour cet opérateur, la question n'est pas l'énergie mais la disponibilité de la matière première : nous les accompagnons actuellement sur la faisabilité de l'extraction qui alimentera le four.

Je ne pense donc pas qu'il faille s'enfermer dans une lecture rigide de l'accord, comme si tout devait s'arrêter en cas de dépassement de 2029, car ce n'est pas ainsi que fonctionne le management de projet. Je comprends que certains s'interrogent après avoir lu l'accord, mais celui-ci ne fixe pas 2030 comme date de démarrage : il prévoit que différents modules entreront en service entre 2027 et 2029, jusqu'à la pleine transformation du manganèse par cet opérateur à l'horizon 2030.

Le Gabon multiplie les annonces autour des grands gisements de fer : Bélinga, Baniaka, Milingui, Mont M'Bilan. Où en est chacun de ces projets ? Lequel a le plus avancé et produit-il déjà des retombées économiques ?

Il faut rappeler qu'un projet minier comporte deux phases : la recherche, qui permet d'identifier et de circonscrire la ressource puis d'en évaluer les réserves ; et l'exploitation, c'est-à-dire l'extraction proprement dite. Les retombées économiques n'apparaissent qu'à ce second stade, lorsque l'opérateur produit, transforme ou exporte, et s'acquitte de ses taxes.

Concernant le fer, nous suivons quatre grands projets :

  • Milingui a le plus avancé : la convention d'exploitation et le décret ont été signés, et les travaux d'aménagement du site ont démarré, avec l'usine, les pistes, la base-vie et l'installation des équipements. Nous nous sommes rendus sur place il y a moins d'un mois pour le constater.
  • Baniaka dispose également d'une convention d'exploitation et a entamé quelques aménagements. Ce projet fait toutefois face à une difficulté : le transport du minerai vers l'export. Des discussions sont en cours avec le transporteur ferroviaire, qui nous a garanti pouvoir assurer ce transport ; la balle est désormais dans le camp de l'opérateur.
  • Mont M'Bilan a déposé une demande de convention d'exploitation, actuellement en négociation. Ses réserves sont estimées à plus de 600 millions de tonnes.
  • Bélinga, le plus important gisement, en est encore à la phase de certification des réserves : plus de 1,4 milliard de tonnes déjà certifiées, sur un objectif global estimé entre 5 et 7,5 milliards de tonnes, ce qui en ferait l'une des douze plus grandes mines de fer d'Afrique. Sondages et carottages sont en cours ; cette seule phase d'exploration génère déjà 900 emplois directs.

Au total, la phase de démarrage de l'exploitation à Milingui devrait créer environ 500 emplois directs et près de 1 000 emplois indirects, un ordre de grandeur comparable pour Baniaka.

Le secteur minier ne se limite d'ailleurs pas au fer : la mine d'or des Téké a également démarré ses aménagements (routes, circuits) et devrait entrer en exploitation d'ici un an à un an et demi ; celle de Minkébé en est encore à la phase de recherche. Un projet de terres rares entrera lui aussi en exploitation d'ici à deux ans. L'avenir économique du Gabon ne repose donc plus seulement sur le pétrole, mais de plus en plus sur la mise en exploitation de l'ensemble de ces gisements.

Votre ministère a récemment suspendu les permis de recherche et d'exploitation de l'or à petite échelle. Quelles dérives aviez-vous constatées, et quelle stratégie pour éviter qu'elles se reproduisent ?

Plusieurs dérives étaient en cause. D'abord, le non-respect de la réglementation : de nombreux opérateurs exploitaient sans détenir de convention d'exploitation, donc sans payer les taxes dues à ce stade, alors que leur permis de recherche ne les y autorisait pas. Certains rendaient leur permis de recherche en prétendant n'avoir rien trouvé, après avoir en réalité déjà exploité.

Ensuite, l'impact environnemental de cette petite exploitation est particulièrement destructeur : ces opérateurs ne suivent aucune procédure et ignorent la sensibilité des zones concernées. Nous disposons d'images de dégradations très préoccupantes.

Face à cela, nous avons choisi de tout suspendre et d'engager depuis lors des audits systématiques. Nous avons ainsi découvert plus de quarante sociétés fictives, sans siège identifiable ni responsable joignable, occupant des espaces entiers de notre cadastre minier sans rien payer à l'État, alors que de véritables investisseurs, dans le sillage de l'ouverture voulue par le Président de la République, M. Brice Clotaire Oligui Nguema, peinent à trouver de la place.

Un premier rapport préliminaire d'audit fait apparaître que 98 % des opérateurs sont en règle, mais qu'une cinquantaine environ sont des sociétés fantômes. Nous avons par ailleurs des indications selon lesquelles certaines coopératives d'orpaillage artisanal utiliseraient du matériel de petite mine industrielle : elles seront identifiées et suspendues à leur tour.

Quels garde-fous pour éviter que ces dérives se reproduisent ?

Le principal garde-fou est la révision du cadre légal en cours, à travers la refonte du Code minier, qui va mieux encadrer la petite exploitation, jusqu'ici insuffisamment régulée, ce qui explique qu'une aussi large part d'opérateurs échappaient à l'impôt. Cette situation était favorisée par des complicités, y compris, parfois, au sein de l'administration minière elle-même.

Votre action ne se joue pas seule : transport ferroviaire, capacité portuaire, énergie sont autant d'enjeux partagés avec d'autres départements. Comment coordonnez-vous l'ensemble ?

Le secteur minier travaille en étroite coordination avec les secteurs du transport et de l'énergie. Le projet de transformation locale, notamment l'exploitation du fer de Bélinga, nécessitera un réseau ferroviaire renforcé. Le Président de la République a déjà lancé le projet de port minéralier de Kobé-Kobé, et la construction d'une nouvelle voie ferrée fait l'objet de discussions entre l'État, via le ministère des Transports, et des opérateurs chinois.

Sur le volet énergie, je peux citer l'exemple de Mayumba, où une nouvelle centrale thermique à gaz vient d'être mise en service pour accompagner l'exploitation du fer de Milingui : 8 MW dans un premier temps, avec une montée en puissance prévue jusqu'à 50 MW. Le ministère de l'Énergie dispose d'une cartographie précise des besoins exprimés par les opérateurs miniers et adapte ses projets de production en conséquence.

Le mois d'août est symbolique pour le peuple gabonais, et le chef de l'État porte une attention particulière à la souveraineté économique. Comment votre département compte-t-il asseoir cette souveraineté, et quel héritage souhaitez-vous laisser aux Gabonais ?

Notre nouveau Code minier marque un changement de philosophie. Jusqu'ici, nos contrats reposaient sur le partage des dividendes : l'opérateur extrayait, transformait, exportait et vendait, et ne nous reversait notre part qu'une fois ses bénéfices déclarés, un système déclaratif que l'État ne pouvait pas vérifier, faute d'être présent à l'extraction, à l'export et à la vente.

Le nouveau cadre s'oriente vers un partage systématique de la production : dès l'extraction, l'État prélève sa part, entre 10 et 30 % selon les cas, et la commercialise lui-même. C'est cette bascule dans notre cadre légal, appliquée progressivement à l'ensemble de nos filières stratégiques, qui constitue le socle de cette souveraineté économique. C'est elle qui nous permet, enfin, de savoir ce que nos ressources rapportent réellement au pays, et non plus seulement ce que l'opérateur veut bien nous en déclarer.

C'est aussi cela, l'héritage que je veux laisser : des Gabonais qui ne regardent plus passer leurs richesses sans en connaître la valeur exacte, des mines qui créent de l'emploi et de la sous-traitance locale durables, et un secteur minier qui, comme le secteur pétrolier a commencé à le faire, devient un véritable levier de souveraineté et non plus une simple rente attendue en fin d'exercice.

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