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Brice-Clotaire OLIGUI NGUEMA  : « Quand vous payez et que les projets ne suivent pas, on fait comment ? »

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Brice-Clotaire OLIGUI NGUEMA  : « Quand vous payez et que les projets ne suivent pas, on fait comment ? »

« Quand vous ne payez pas, on vous sanctionne, on vous dégrade la notation. Mais quand vous payez et que les projets ne suivent pas, on fait comment ? » La question posée par le président de la République, Brice-Clotaire OLIGUI NGUEMA dépasse le seul cas du Gabon. Elle touche l'un des paradoxes les plus sensibles du financement du développement. : un État peut être tenu de respecter ses échéances financières alors même que le projet financé tarde à produire ses premiers résultats.

Le chef de l'État gabonais décrit une situation connue : des financements sont mobilisés, des conventions signées, mais le décaissement effectif peut suivre un calendrier qui ne correspond pas au rythme auquel l'État souhaite engager les travaux.

« On vous dit qu'il y a des milliards qui sont là pour des projets, il faut venir signer et dès que vous signez, le projet n'a même pas encore démarré que l'on vous prélève déjà de l'argent, vous commencez déjà à payer pour un projet qui va peut-être démarrer dans un an ou deux ans », déplore-t-il.

Pourquoi commencer à en supporter le coût avant même qu'il ne soit engagé sur le terrain ? La réponse n'est pas simple parce qu'en réalité, un financement de projet obéit à des conditions, des validations, des exigences de conformité. Ces règles protègent l'argent public. Mais elles ont un coût lorsqu'elles ralentissent excessivement l'exécution.

Un projet qui prend du retard n'est pas seulement un problème politique ; il est économique. Une route non achevée ne facilite pas encore les échanges. Une centrale qui n'entre pas en production ne fournit pas encore d'électricité. Un hôpital en chantier ne soigne personne. Pendant ce temps, les engagements financiers de l'État continuent, eux, à produire leurs effets.

C'est ce décalage que le président souligne : « Depuis le début de la transition, je le dis en toute sincérité, le peuple n'attend pas de moi que je paie la dette, il attend que je lance des projets et que je les achève. »

La formule est politique. La question qu'elle pose est économique : à quoi sert un financement s'il ne se transforme pas assez vite en investissement productif ? L'enjeu n'est pas d'afficher une capacité à mobiliser des milliards, mais de transformer ces ressources en actifs, en services publics, en croissance.

Faut-il revoir les règles du jeu ?

« Il faut qu'on ait des banques africaines qui s'adaptent à la réalité africaine, parce que nous, les chefs d'État, on a besoin d'aller vite. Il y a l'urgence de satisfaire les populations. Quand je signe pour un prêt, je dois avoir l'argent et je dois voir le projet commencer. »

Adapter les mécanismes de financement aux réalités africaines ne signifie pas supprimer les contrôles. Cela pourrait conduire à s'interroger sur la manière de rendre les procédures plus rapides et mieux synchronisées avec l'état réel de préparation des projets. Pourquoi mobiliser un financement quand toutes les conditions opérationnelles ne sont pas réunies ? Pourquoi ne pas mieux articuler signature, décaissement et démarrage effectif ?

Seulement, il serait une erreur de faire des seuls bailleurs les responsables des retards. Un financement qui tarde peut tenir à des procédures externes ; mais un projet qui ne démarre pas peut aussi buter sur des études insuffisantes, des dossiers incomplets, la passation des marchés, la disponibilité du foncier ou la capacité administrative.

Il faut regarder toute la chaîne, du premier engagement financier jusqu'à la réalisation physique, et poser à chaque étape la même question : qui devait faire quoi, dans quel délai, et pourquoi cela n'a pas été fait ? C'est là que les audits deviennent essentiels.

Aller plus vite, mais pas sans contrôle

L'urgence est réelle. Les États africains doivent pouvoir mobiliser leurs financements et les transformer rapidement en investissements. Mais elle ne doit pas devenir le prétexte à une disparition des contrôles : plus les procédures de décaissement s'accélèrent, plus le suivi de l'utilisation des fonds doit être précis. Il faut pouvoir vérifier sur le terrain l'état réel des projets, comparer les sommes versées aux réalisations, identifier les retards et les responsabilités.

Le débat ne devrait pas opposer les États africains aux banques de développement ; il devrait clarifier la responsabilité de chacun. Aux banques, des mécanismes plus lisibles et plus rapides. Aux États, des projets mûrs et une exécution renforcée. Aux administrations, moins de lenteurs injustifiées. Aux entreprises, le respect des contrats et des délais. Aux organes de contrôle, la vérification, l'audit, la sanction quand les responsabilités sont établies. En matière de développement, mobiliser l'argent n'est que le début. Le transformer en résultats, voilà le véritable enjeu.

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