On le répète à longueur de forums, de discours officiels, de campagnes de communication : le Gabon a besoin de ses entrepreneurs. Le message est juste. Mais les faits des derniers mois montrent à quel point il reste, pour l'instant, plus facile à énoncer qu'à concrétiser.
Le 17 août dernier, jour de l'indépendance, le président Oligui Nguema lui-même s'en est inquiété publiquement : il a déploré la faible mobilisation des jeunes Gabonais autour des 25 milliards de FCFA mis en place pour financer leurs projets entrepreneuriaux. Vingt-cinq milliards disponibles, et une jeunesse qui ne se les approprie pas suffisamment. Ce constat, venu du sommet de l'État, dit à lui seul l'écart entre l'argent annoncé et le chemin réellement parcouru par les porteurs de projets pour y accéder.
Ce n'est pourtant pas faute d'initiatives. Le 18 août, le ministère du Commerce, des PME-PMI et de l'Entrepreneuriat des Jeunes a annoncé l'accompagnement de 400 jeunes dans cinq secteurs, avec l'appui de l'Épargne et Développement du Gabon et de la Société de Garantie du Gabon. En juillet, le pays a lancé Kimba Connect, une plateforme censée fédérer le financement, l'accompagnement technique et l'accès au marché pour les jeunes entreprises. Les dispositifs existent. Les annonces s'accumulent.
Mais un écosystème entrepreneurial ne se mesure pas au nombre de programmes lancés. Il se mesure à ce qu'un porteur de projet rencontre concrètement quand il pousse la porte d'une banque ou d'une administration. Sur ce terrain-là, le Gabon reste loin de ses ambitions : le pays se classait 169e sur 190 dans le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale. Et le dynamisme de la création d'entreprises, régulièrement salué, contraste avec un taux de mortalité des jeunes structures qui demeure élevé.
C'est là que se joue la vraie question. Un porteur de projet a besoin d'un financement accessible et adapté à la taille de son activité, pas seulement d'une enveloppe annoncée à l'échelle nationale. Il a besoin d'une administration qui accompagne plutôt qu'elle ne freine, d'une fiscalité qui n'étouffe pas ceux qui démarrent, d'une formation qui prépare réellement à la gestion d'une entreprise. Sans ces conditions réunies, on continue de demander à des jeunes de courir un marathon en leur montrant les chaussures depuis une vitrine, sans jamais les leur remettre en main propre.
Le pays ne manque pourtant pas d'exemples de réussite, dans l'agroalimentaire, dans les services, dans l'artisanat transformé en petite industrie. Des femmes et des hommes qui ont tenu, souvent contre les obstacles plutôt que grâce à un accompagnement systématique. Leur mérite est réel. Mais un pays ne peut pas construire durablement sa politique économique sur l'exception individuelle. Il doit construire un système qui rend la réussite plus probable que l'abandon.