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Parfait Duffy Bibang, le visionnaire qui électrifie l’industrie gabonaise

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Parfait Duffy Bibang, le visionnaire qui électrifie l’industrie gabonaise

Depuis son bureau du centre-ville de Libreville, Parfait Duffy Bibang évoque son site industriel d’Okolossi, situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale. Sur ce terrain de 40 hectares, son entreprise y produit des transformateurs électriques, ces « boîtes noires » indispensables à la distribution d’électricité. Et ce site est d' une rareté en Afrique subsaharienne.

Parfait Duffy Bibang, est un homme pressé. Né le 20 septembre 1974 à Oyem, dans la province du Woleu-Ntem, cet ingénieur de formation a fait le pari, il y a plus de vingt ans, de bâtir un empire industriel là où beaucoup ne voyaient qu’un marché captif par l’importation. Aujourd’hui, à la tête d’un groupe de plus de mille personnes, il est l’un des rares Africains à maîtriser la chaîne complète de fabrication des équipements électriques. Son histoire est celle d’une démission qui veut changer le visage énergétique du Gabon.

Le sacrifice d’un salaire de 850.000 FCFA

Fils d’un douanier et dernier d’une fratrie de 32 enfants, Parfait Duffy Bibang n’a jamais eu le destin tracé. Après un bac scientifique, il s’envole pour la Tunisie avant de rejoindre la France, où il décroche son diplôme d’ingénieur. De retour au Gabon, il intègre la Société d’eau et d’électricité du Gabon (SEEG), l’entreprise publique qui détient le monopole du secteur.

Son salaire est confortable : 850.000 FCFA par mois. Mais l’ingénieur est frustré. Il observe les lenteurs administratives, les pannes à répétition et surtout, une dépendance chronique aux importations. « Conscient des différents manquements existants dans le secteur énergétique au Gabon, il démissionne ». Un acte jugé insensé par son entourage. Quitter un poste si bien rémunéré pour « rien », comme le murmuraient ses proches, relevait de la folie.

Pourtant, Bibang a un plan. Il veut créer une entreprise de sous-traitance capable de fournir son ancien employeur en expertise électrique. Il repart de zéro, enchaîne les petits marchés seul, avec quelques aides temporaires. L’aventure est rude, mais en 2002, la croissance est au rendez-vous. Il fonde EDF-Toutelec, une société d’ingénierie, d’installation et de maintenance.

La naissance de LGE : un pari sur la souveraineté industrielle

Plus de dix ans après la création d’EDF-Toutelec, l’entreprise est devenue une holding de plus de mille personnes. Mais Bibang veut aller plus loin. Il a identifié un problème récurrent : les retards et les pénalités liés à l’importation de transformateurs et de poteaux électriques. Le Gabon dépensait alors près de 4 milliards de FCFA par an pour importer ces équipements.

Plutôt que de subir, il décide de produire localement. En 2014, il crée La Gabonaise d’Energies (LGE) à Libreville. L’usine d’Okolossi, dotée de machines de dernière génération, entre en production. Avec une capacité annuelle de 1.000 transformateurs, elle couvre une gamme allant de 50 KVA à 5 MVA.

Le pari est audacieux : LGE se présente comme le premier et unique fabricant de transformateurs en Afrique subsaharienne. Aujourd’hui, les produits « made in Gabon » sont utilisés par la SEEG et très prisés par les pétroliers opérant à Port-Gentil.

Une usine à Oyem pour conquérir la sous-région

L’ambition de Parfait Duffy Bibang ne s’arrête pas aux frontières du Gabon. Conscient du potentiel stratégique du secteur énergétique, l’industriel a délocalisé une partie de sa production à Oyem, sa ville natale, aux « Trois Frontières ». Cette implantation permet de mieux desservir le Gabon, mais aussi la Guinée équatoriale et le Cameroun, renforçant l’intégration sous-régionale.

LGE y fabrique des poteaux électriques en béton, et l’entreprise est impliquée dans des projets d’interconnexion électrique majeurs, comme la ligne haute tension entre Oyem et Medzeng. Bibang salue d’ailleurs la vision du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, et affirme que les coupures d’électricité ont été sensiblement réduites ces derniers temps.

Un entrepreneur reconnu, mais en quête de soutien

Le parcours de Parfait Duffy Bibang lui a valu une reconnaissance nationale et internationale. En 2015, LGE a décroché à Francfort, en Allemagne, le 1er prix d’innovation technologique et celui du meilleur manager. En 2016, l’entreprise a reçu le 1er prix de coopération d’affaires décerné par le groupe marocain Attijariwafa bank.

Outre ses activités de chef d’entreprise, Bibang est vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Gabon et a présidé le Groupement des entrepreneurs de l’eau et de l’électricité du Gabon (G3E). Il est également un fervent défenseur de la « préférence nationale ».

Pourtant, l’industriel ne cache pas ses difficultés. En 2017, il confiait que seulement 15 % des capacités de production de son usine étaient utilisées, faute de commandes publiques significatives. Il plaide régulièrement pour un soutien accru de l’État en matière d’exonérations fiscales et de marchés publics. « Nous avons besoin du soutien véritable de l’Etat parce que ce sont des produits entièrement fabriqués par des Gabonais », a-t-il martelé.

Un modèle pour la jeunesse africaine

À 52 ans, Parfait Duffy Bibang est un ambassadeur de la technologie gabonaise. Il parcourt les universités pour encourager les jeunes à l’entrepreneuriat, leur rappelant que « le métier de la fabrication du transformateur englobe huit corps de métiers différents ». Il est la preuve vivante qu’il est possible de bâtir un champion industriel en Afrique, loin des sentiers battus de l’importation.

En substituant des importations coûteuses par une production locale de qualité, Parfait Duffy Bibang a non seulement créé de la valeur et des emplois, mais il a aussi posé une pierre essentielle à la souveraineté énergétique du Gabon. Son histoire est celle d’un homme qui a osé démissionner d’un poste confortable pour bâtir un empire, et qui, aujourd’hui, ambitionne d'éclairer l'Afrique centrale.

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