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Gabon : l’usage des VPN gratuits intensifie-t-il le piratage WhatsApp ?

Gabon : l’usage des VPN gratuits intensifie-t-il le piratage WhatsApp ?

Alors que la prise de contrôle frauduleuse de comptes WhatsApp touche de plus en plus de citoyens à Libreville, comme à l’intérieur du pays, paralysant les TPE/PME locales, une question s’impose : l’usage massif des VPN gratuits accentue-t-il cette vague de cybercriminalité ?

“ Notre groupe WhatsApp regroupait plus de 450 clients réguliers. Un matin, le pirate a pris le contrôle, exclu les administrateurs et envoyé des messages à tout le réseau pour demander des transferts Airtel money sous le prétexte d’une urgence de stock. Nous avons perdu plus de 1,2 million de FCFA en commandes annulées et en crédibilité et une seule journée.” Ce cri d’alarme de Marina, gérante d’une boutique de prêt-à-porter à Mont-Bouet, illustre une réalité brutale. À Libreville comme dans l’intérieur du pays, la cybercriminalité de proximité paralyse directement les TPE/PME et menace l’écosystème financier local. 

En effet, si elle est saluée pour son taux élevé de pénétration d’internet mobile dépassant les 115% (Arcep Gabon), la transition numérique du Gabon fait face à un revers préoccupant. La recrudescence des piratages de groupes WhatsApp et de comptes individuels orchestrée par ingénierie sociale via de fausses offres de gratuité, met en lumière la vulnérabilité du tissu économique national face aux attaques numériques de proximité. 

VPN gratuits, un piège ? 

À la suite des péripéties politiques et des périodes de restriction d’accès aux réseaux sociaux au Gabon, le recours massif aux VPN gratuits s’est généralisé parmi les usagers et les petits commerçants pour maintenir leur présence en ligne. Hors, ce qui a débuté comme une solution palliative a progressivement mis en lumière une vulnérabilité. 

De nombreux experts affirment, que de nombreuses applications de VPN gratuites ne chiffrent pas le trafic de bout en bout et permettent aux éditeurs ou tiers malveillants d’intercepter des identifiants, des mots de passe et des codes de validation (OTP)

“ En matière de cybersécurité, lorsqu’un service est gratuit, vos données en sont le prix. L’usage massif de VPN informels crée une illusion de protection qui ouvre en réalité une autoroute aux cybercriminels. Votre historique de navigation et vos informations d’identification servent de monnaie d’échange et alimentent directement ces réseaux”, a expliqué Marina, webmaster dans une entreprise de communication. 

Ce constat est confirmé par l’Union Internationale des télécommunications révèle que l’usage de VPN informels non vérifiés augmente de 40% le risque d’interception d’identifiants et de compromission des comptes professionnels.

Une paralysie directe des TPE et de l’économie informelle

Pour des milliers de commerçants et prestataires de services, WhatsApp constitue le principal canal commercial, de relation client et d’encaissement. L’usurpation d’un compte entraîne une rupture immédiate d’activité, la perte de données clients et des préjudices financiers directs dus à l’usurpation d’identité auprès des partenaires et fournisseurs.  

“ En tant que prestataire logistique devis et paiements Mobile Money passaient par mon compte. Le temps de récupérer la ligne après trois jours de blocage, mes clients étaient partis chez la concurrence. Ces deux semaines de chiffre d’affaires envolées”, confie Alain M., entrepreneur à Port-Gentil. 

Les fraudeurs ciblent prioritairement les services de paiement mobile. Pour une TPE, les pertes cumulées varient entre 300 000 FCFA et plus de 2 500 000 FCFA, incluant le vol de trésorerie, les contrats perdus et les coûts de restauration. En infiltrant ces cercles de confiance, les fraudeurs érodent la crédibilité de la monnaie électronique, freinant l’inclusion financière dans la zone CEMAC. 

Vulnérabilité sous-régionale

Selon les données officielles de l’Arcep Gabon, en matière de pénétration de l’internet mobile, le Gabon affiche un taux exceptionnel de près de 115% contre environ 48% pour la zone CEMAC et 68% pour la zone CEDEAO. Concernant l’indice de cybersécurité de l’UIT, le Gabon se situe à un rang intermédiaire, tandis que la zone CEMAC est qualifiée en développement et la zone CEDEAO est en phase de consolidation. 

Sur le plan économique, des données récentes des Institutions financières (Banque mondiale, FMI, BAD) révèlent que les pertes estimées dues à la cyberfraude s’élèvent au Gabon à plusieurs centaines de millions de FCFA par an, là où elles représentent environ 0,8% du PIB pour la CEMAC et 1,2% du PIB pour la CEDEAO. Les principaux vecteurs d’attaque varient selon les régions. Alors que le Gabon est principalement confronté à l’ingénierie sociale et aux VPN informels, la zone CEMAC fait davantage face aux hameçonnages et au SIM swapping et la zone CEDEAO aux trojans bancaires. 

En Afrique, la cybercriminalité engendre plus de 4 milliards USD de pertes annuelles (Interpol) soutenue à 75% par la manipulation humaine et aggravée par l’usage de VPN gratuits non sécurisés. Face à cet enjeu, la riposte exige une synergie entre l’ANINF, les opérateurs télécoms et le secteur bancaire pour généraliser la double authentification en renforçant les capacités d’enquête. 

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