Le premier mensuel économique au Gabon.

Les Échos de l'éco
Votre espace, votre expérience Créez votre Une Posez vos questions à nos auteurs Jouez à nos jeux Accédez à des fonctionnalités réservées aux membres Créez votre compte maintenant et devenez membre des échos
Logo échos de l'éco
Menu
© 2026 Les échos de l'éco

IA : le Gabon dans le top 13 africain, mais le fossé entre les engagements officiels et la réalité reste béant

Partager
Retrouvez-nous sur Google
IA : le Gabon dans le top 13 africain, mais le fossé entre les engagements officiels et la réalité reste béant

Libreville peut souffler. Dans le grand bain de la gouvernance de l'intelligence artificielle, le Gabon ne coule pas. Il se hisse même à la 13e place du premier classement continental de référence, l'Africa AI Governance Index (AAIGI) 2026, publié en juillet par le think tank panafricain Lawyers Hub. Avec un score de 2,05 points sur 4, le pays se classe juste derrière l'Afrique du Sud (2,10) et le Zimbabwe (2,10), et devance la Côte d'Ivoire (1,90). Une performance qui le place dans le peloton de tête des pays à « gouvernance en développement », à deux doigts du Top 10 où trônent le Rwanda (3,25), le Nigeria (2,81) et le Bénin (2,58).

Sur le papier, le Gabon coche les bonnes cases

Le rapport, qui évalue les 54 pays africains à travers 80 indicateurs répartis en huit piliers, salue les efforts du gouvernement en matière de vision stratégique. Et pour cause : le Gabon a été l'un des premiers pays du continent à appliquer la méthodologie d'évaluation de l'état de préparation (RAM) de l'UNESCO dès 2024. Il a mis en place un comité technique national sur l'IA et a accueilli en mars 2026 une session d'information du Réseau mondial des autorités de supervision de l'IA (GNAIS) à Libreville. L'ordonnance d'avril 2026 encadrant les contenus générés par IA, notamment l'interdiction des deepfakes, témoigne d'une volonté de régulation. Sans oublier l'Agenda national de l'IA (2026-2036), qui ambitionne de structurer un écosystème durable autour de la technologie. Le gouvernement, sous l'impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, a même fait de la transition numérique le troisième pilier de la diversification économique.

Mais sur le terrain, le compte n'y est pas

C'est là que le bât blesse. Le constat le plus sévère du classement est sans appel : toutes les sous-régions africaines obtiennent leurs meilleurs scores dans le pilier « stratégie et vision »… et leurs plus mauvais dans « mise en œuvre et impact ». En clair, les gouvernements sont passés maîtres dans l'art de rédiger de belles feuilles de route. Mais dès qu'il s'agit de les traduire en organismes de contrôle dotés de budgets et de moyens réels, le plateau se vide. Une quinzaine de pays ont adopté des politiques nationales officielles, et 24 sont en train d'en élaborer. Pourtant, rares sont ceux qui ont concrétisé ces ambitions par des actes.

Le Gabon n'échappe pas à la règle. Malgré des avancées notables (le partenariat avec l'UNESCO, la modernisation numérique inscrite dans la loi de finances 2026, ou encore le déploiement de 1 800 km de fibre optique), la gouvernance effective de l'IA reste encore à construire. Le pays ne dispose toujours pas d'une stratégie nationale formellement adoptée, et les infrastructures comme les compétences humaines peinent à suivre le rythme des discours ambitieux.

Le paradoxe africain de l'IA

Aucune sous-région du continent ne franchit la moyenne de l'échelle de notation (2 points). Les moyennes régionales vont de 1,07 point (Afrique centrale) à 1,56 point (Afrique du Nord). Ce chiffre résume à lui seul le paradoxe d'un continent qui écrit son avenir numérique à l'encre de la bonne volonté, mais qui manque encore de la plume de l'exécution.

Pour le Gabon, la 13e place est à la fois une reconnaissance et un avertissement. Une reconnaissance des efforts engagés sous l'ère Oligui Nguema pour faire du numérique un levier de souveraineté et de transparence. Une alerte aussi : dans la course à l'IA, il faudrait désormais associer intentions et actions, pour que les ambitions affichées ne restent pas de simples déclarations d'intention.

Posez une question à l'auteur

Une précision à demander, un point à éclaircir, un avis contraire à faire valoir ? Ismaël OBIANG NZE vous répond directement, et sa réponse vous attendra dans votre espace.