L’afflux exceptionnel de visiteurs venus assister aux festivités de la fête de la Libération met à rude épreuve la mobilité dans la capitale de l’Ogooué-Ivindo. Les taxis, trop peu nombreux pour répondre à la demande, se font rares et leurs tarifs peuvent atteindre 2 000 FCFA, contre 200 FCFA habituellement sur certains trajets.
À Makokou, il faut désormais s’armer de patience pour se déplacer. Depuis le début des festivités de la fête de la Libération, les rues de la capitale provinciale de l’Ogooué-Ivindo ont changé de visage. Une forte affluence de visiteurs venus de Libreville et d’autres localités a rejoint la ville pour assister aux cérémonies, notamment aux exercices militaires qui ont marqué le lancement des festivités.
Dans le centre-ville, où se concentrent plusieurs activités officielles, la circulation est devenue une épreuve quotidienne. Les véhicules avancent au pas sur certains axes. Les piétons, beaucoup plus nombreux qu’à l’ordinaire, occupent les abords des routes. Et surtout, les taxis sont devenus une denrée rare.
« Avant, on trouvait facilement un taxi. Aujourd’hui, tu peux attendre longtemps avant d’en voir un passer », raconte une habitante rencontrée dans le centre-ville.
Des taxis devenus rares
La situation est particulièrement visible entre le centre-ville et les quartiers Houssa, Mbolo 1 et Mbolo 2. Ces zones, habituellement desservies par les taxis, connaissent depuis plusieurs jours une pression inhabituelle.
Le problème est simple : l’offre de transport n’a pas suivi l’augmentation exceptionnelle de la demande. Les taxis disponibles doivent absorber une clientèle beaucoup plus importante. Résultat, les files d’attente s’allongent et les négociations deviennent parfois inévitables entre chauffeurs et passagers.
Sur certains parcours habituellement facturés autour de 200 FCFA, le prix peut désormais atteindre 1 000, voire 2 000 FCFA, selon la distance, l’heure et la disponibilité des véhicules.
Pour les habitants qui doivent continuer à travailler ou effectuer leurs activités quotidiennes, cette hausse représente une dépense supplémentaire importante.
« Ce qui coûtait 200 francs peut maintenant nous revenir à 1 000 ou 2 000 francs. Pour quelqu’un qui doit faire plusieurs déplacements dans la journée, ça devient compliqué », témoigne Franck, un résident de Makokou.
Cette hausse illustre un déséquilibre ponctuel entre une demande exceptionnelle et une offre de transport limitée, auquel s’ajoutent les négociations entre chauffeurs et passagers.
Une ville confrontée à ses premières grandes congestions
Makokou n’est pas habituée aux embouteillages. Dans cette ville où les déplacements sont généralement relativement fluides, l’augmentation du nombre de véhicules et l’arrivée d’un nombre inhabituellement élevé de visiteurs constituent une situation nouvelle.
Du quartier Houssa au centre-ville, en passant par Mbolo 1 et Mbolo 2, certains axes connaissent désormais des ralentissements inhabituels. Les véhicules des délégations, les voitures particulières, les motos, les taxis et les véhicules affectés à l’organisation des festivités se retrouvent sur les mêmes axes.
À proximité des lieux de cérémonies, la circulation devient encore plus dense. Les contrôles, les restrictions ponctuelles de circulation et les mouvements de foule ralentissent davantage les déplacements.
Pour une ville qui n’avait pratiquement jamais connu ce niveau de congestion, le changement est spectaculaire. Dans le centre-ville, les habitants observent cette transformation avec un mélange de curiosité et d’agacement.
« On est content de voir autant de monde à Makokou, mais pour circuler, ce n’est plus comme avant », peste un habitant qui attend le taxi depuis 40 minutes.
Le revers économique de l’affluence
Derrière les difficultés de circulation se dessine pourtant une autre réalité : celle d’une ville qui connaît, pendant quelques jours, une activité économique exceptionnelle.
L’arrivée des délégations et la forte fréquentation de la ville augmentent la demande de transport, mais aussi celle des hôtels, restaurants, commerces et services de proximité.
Pour les chauffeurs de taxi, l’affluence constitue une opportunité de réaliser davantage de courses. Mais leur nombre limité empêche pour l’instant de répondre pleinement à la demande.
Le paradoxe est visible dans les rues : les clients sont nombreux, mais les véhicules manquent.
Pour les commerçants installés autour des zones d’animation, cette affluence constitue toutefois une source supplémentaire de clientèle. Les restaurants, vendeurs ambulants et petits commerces bénéficient de la présence d’une clientèle inhabituelle.
La même foule qui complique les déplacements alimente donc aussi l’économie locale.
Cette situation pose une question plus large sur les capacités de Makokou à accueillir des événements de grande ampleur. La ville peut-elle absorber une fréquentation exceptionnelle sans disposer d’une offre suffisante en matière de transport, d’hébergement et de services ?
Les festivités actuelles constituent, à cet égard, un véritable test grandeur nature.
Houssa, Mbolo, centre-ville : une ville sous pression
Dans les quartiers Houssa, Mbolo 1 et Mbolo 2, les habitants doivent composer avec cette nouvelle réalité. Les déplacements prennent plus de temps, tandis que les tarifs négociés avec les taxis s’éloignent des prix habituels.
Le centre-ville concentre, lui, l’essentiel de l’animation. C’est ici que se déroulent les principales festivités et que convergent chaque jour les délégations, les habitants et les visiteurs.
La circulation y est particulièrement dense à certaines heures. Mais cette concentration de population constitue également une opportunité pour les activités commerciales installées à proximité des zones d’animation.
Un avertissement pour l’avenir
Les difficultés rencontrées par Makokou pendant ces festivités pourraient toutefois servir de leçon. L’affluence démontre que la ville dispose d’un potentiel pour accueillir des manifestations importantes, mais elle révèle également ses limites.
Le manque de taxis, la hausse ponctuelle des tarifs et l’apparition d’embouteillages montrent que les infrastructures urbaines et les services de mobilité ne sont pas encore dimensionnés pour absorber une fréquentation exceptionnelle.
Une question se pose désormais : comment transformer cette expérience en opportunité pour améliorer durablement les transports urbains ?
Davantage de taxis, une organisation spécifique des déplacements lors des grands événements, des voies mieux aménagées ou encore des solutions de transport collectif pourraient permettre à la ville de mieux gérer les prochains grands rendez-vous.
Car à Makokou, la fête de la Libération ne se résume pas aux cérémonies et aux exercices militaires. Elle constitue aussi une expérience grandeur nature de la capacité d’une ville moyenne à accueillir une forte affluence.
Et dans les rues de Houssa, Mbolo 1, Mbolo 2 et du centre-ville, le premier enseignement est déjà visible : lorsque la demande augmente brutalement, la mobilité devient elle-même un enjeu économique.