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Libreville : l’économie de la presse à l’épreuve des délestages

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Libreville : l’économie de la presse à l’épreuve des délestages

Alors que le Gabon s'engage dans la modernisation de son tissu économique, les coupures intempestives de courant et les pannes de réseau imposées par la Société d'Énergie et d'Eau du Gabon (SEEG) font peser un risque financier majeur sur les entreprises. Si l'industrie et le commerce payent un lourd tribut, le secteur des médias subit de plein fouet une paralysie invisible mais dévastatrice. Une crise d'infrastructure qui menace la rentabilité de la presse.

L’écran noir en plein travail, l’ordinateur qui s’éteint brusquement et le silence pesant dans la rédaction. À 15 heures, ce 26 août 2026 à Libreville, la scène est tristement familière. Alors qu’un journaliste s'active pour finaliser son sujet et qu'un technicien peaufine la maquette du magazine papier, le courant s'interrompt sans préavis. Si les ordinateurs portables conservent leur autonomie, les postes fixes s'éteignent net et la coupure d'électricité suspend automatiquement le signal Wi-Fi. Résultat, le transfert des fichiers haute définition est impossible et les délais d'impression sont immédiatement rallongés.

Pour le personnel technique des rédactions, l'absence d'onduleurs industriels ou de groupes de relais automatique transforme chaque session de travail en loterie.

« On travaille en permanence la peur au ventre. Mon ordinateur fixe de bureau s'éteint régulièrement en pleine activité. Il suffit d'une fraction de seconde de coupure pour perdre deux heures de montage ou corrompre un fichier de maquette prêt pour l'imprimerie. C'est non seulement frustrant, mais cela détruit notre productivité et use prématurément notre matériel informatique », témoigne un technicien. 

Un impact économique direct sur les rédactions

Du côté de la collecte et de la diffusion de l'information, l'impact sur le fil de l'actualité audiovisuelle et numérique est tout aussi critique. Pour les correspondants de presse, le respect des délais de livraison conditionne l'ensemble de la grille d'antenne.

« Mon impératif est clair : je dois obligatoirement transmettre mon reportage avant 18h pour qu'il puisse être intégré, monté et aligné pour le journal télévisé de 20h. Quand le courant coupe à 15h et embarque le Wi-Fi avec lui, le transfert de fichiers vidéo lourds devient mission impossible. Basculer sur le réseau mobile ne suffit pas toujours quand les antennes relais saturent. Si mon sujet n'arrive pas à temps, c'est toute la structure du 20h qui est déstabilisée », témoigne un journaliste correspondant. 

Cet arrêt brutal du flux de travail illustre à quel point la vulnérabilité énergétique impacte le modèle économique des médias. Dans les métiers de l'information, le temps est une matière première non renouvelable. Un décalage dans le bouclage d'un magazine papier ou le ratage d'un créneau d'antenne génère des pénalités de retard chez l'imprimeur, des pertes sur les ventes au numéro et des ruptures d'engagements publicitaires.

Pour maintenir l'activité, les entreprises de presse doivent contracter des surcoûts d'exploitation insoutenables, à travers l’acquisition et l’entretien de groupes électrogènes, l’achat massif de carburant et la bascule coûteuse sur des forfaits de données mobiles. Au-delà de la gêne technique, la récurrence des délestages sans communication préalable constitue un véritable frein à la rentabilité et à l'investissement dans le secteur de la presse au Gabon.

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