La compagnie nationale estime que le nouveau dispositif fiscal fragilise la souveraineté aérienne du Gabon et menace l'ambition de faire de Libreville un hub régional.
La polémique dépasse désormais la seule question de la redevance R4. Dans un communiqué particulièrement argumenté publié le 31 juillet, FlyGabon remet en cause l'ensemble de la nouvelle architecture fiscale appliquée au transport aérien gabonais. Selon la compagnie nationale, les nouvelles taxes et redevances instaurées par la Loi de finances rectificative conduiraient à un paradoxe : financer en grande partie des entreprises étrangères grâce aux passagers gabonais.
D'après les estimations présentées par FlyGabon, les nouvelles redevances devraient générer environ 80,2 milliards de FCFA par an. Sur ce montant, 77 % reviendraient à des entreprises étrangères, tandis que seulement 22 % bénéficieraient à des organismes publics gabonais. La compagnie cite notamment GSEZ, Westminster et Securiport parmi les principaux bénéficiaires des nouveaux prélèvements.
Pour la compagnie, cette répartition est difficilement compatible avec la stratégie nationale visant à restaurer la souveraineté du secteur aérien. Elle estime que les ressources collectées auprès des voyageurs devraient prioritairement financer les infrastructures nationales, le désenclavement des provinces, les institutions publiques et le développement des compétences locales.
Au-delà de la question de la destination des recettes, FlyGabon alerte sur les conséquences économiques de la nouvelle fiscalité. Le communiqué rappelle que les nouvelles mesures comprennent l'extension de la redevance R4 à tous les aéroports du pays, le retour de la TVA de 18 % sur les vols domestiques, l'augmentation des redevances de sûreté et l'instauration d'une redevance Sécuriport. Selon la compagnie, cette accumulation de prélèvements entraînera mécaniquement une hausse du prix des billets et pourrait réduire le trafic aérien.
FlyGabon estime également que cette politique est en contradiction avec l'objectif affiché par les autorités de transformer Libreville en plateforme régionale de correspondance. Selon la compagnie, des coûts aéroportuaires plus élevés risquent d'encourager les compagnies aériennes à privilégier d'autres hubs africains plus compétitifs, avec à la clé une baisse des fréquences, une diminution du nombre de passagers et un affaiblissement du tourisme ainsi que des échanges économiques.
C'est dans ce contexte que la compagnie a annoncé la suspension de la collecte de la redevance R4, estimant que les modalités d'application prévues par la loi doivent encore être précisées par un arrêté conjoint des ministres des Finances et des Transports. FlyGabon affirme que cette décision vise à protéger le pouvoir d'achat des passagers, préserver la mobilité intérieure et maintenir la compétitivité du transport aérien gabonais.
Le transporteur précise toutefois qu'il ne remet pas en cause le principe du financement des infrastructures aéroportuaires ni l'autorité de l'État. Il indique avoir déjà appliqué la TVA sur les vols domestiques et prévoit d'intégrer l'augmentation de la redevance de sûreté dès son intégration dans le référentiel tarifaire de l'IATA.
FlyGabon appelle à une concertation entre l'État, les autorités aéronautiques, les gestionnaires d'aéroports et les compagnies afin de réexaminer l'ensemble des nouvelles taxes, leur niveau, leurs modalités d'application et leur impact sur la compétitivité du secteur. Pour la compagnie nationale, l'enjeu dépasse désormais la seule R4 : il concerne la capacité du Gabon à conserver la maîtrise économique de son transport aérien tout en développant Libreville comme hub régional.
LIEN VERS LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE : COMMUNIQUÉ DE PRESSE FLYGABON