Arrivé à Port-Gentil le 15 septembre, le chef de l'État y a passé au crible les chantiers de la capitale économique, une ville qui attend des résultats concrets. L'un de ses fleurons industriels en livre déjà quelques-uns. Ingénieur automaticien, passé par Total Gabon puis par la direction générale de l'Office national de l'emploi, Hans Landry Ivala a pris la tête de PIZOLUB en janvier 2025. Au mensuel Les Échos de l'Éco, il dévoile sa feuille de route : retour à l'équilibre dès 2027, puis montée en puissance industrielle jusqu'en 2031.
Vous avez été nommé en décembre 2024, en pleine restructuration. Quel état des lieux avez-vous dressé à votre arrivée, et où en est la recapitalisation engagée fin 2023 ?
Permettez-moi d'abord de vous remercier pour l'intérêt que vous portez à PIZOLUB, ce fleuron national d'antan. J'ai été nommé le 19 décembre 2024, mais j'ai pris mes fonctions le 14 janvier 2025. J'ai trouvé une entreprise à la fois résiliente et stratégique, mais qui a traversé huit années difficiles, en raison de problèmes de gouvernance passés et d'un marché des lubrifiants marqué par une concurrence déloyale. Les fondamentaux restent solides : un personnel fidèle et expérimenté, qui préserve la qualité de nos produits depuis 48 ans, et l'appui déterminant de l'État.
Le processus de recapitalisation initié fin 2023 s'est concrétisé en 2025. Il a fait entrer la Gabon Oil Company (GOC) au capital et restructuré nos capitaux propres. Il sécurise notre trajectoire financière et nous donne les moyens de déployer notre stratégie de croissance.
Vous visiez un retour à l'équilibre avant septembre 2025. L'objectif est-il atteint, et à combien s'élève aujourd'hui la dette, estimée entre 12 et 13 milliards de FCFA en 2025 ?
Il ne s'agissait pas d'atteindre un niveau de production couvrant nos charges de fonctionnement et d'investissement, mais de revenir à des capitaux propres positifs, pour écarter le risque de liquidation prévu par l'Acte uniforme OHADA. C'est chose faite.
La dette envers l'État s'élevait à 12,45 milliards de francs CFA au 30 juin 2025. La recapitalisation l'a ramenée à 55 millions. Selon le commissaire aux comptes, elle atteignait 1,319 milliard à la clôture de l'exercice 2025. Elle s'explique par le fait que nous n'avons pas encore atteint le seuil de 6 000 tonnes vendues par an, nécessaire à l'équilibre. Or ce seuil dépend d'une régulation renforcée des importations de lubrifiants que notre usine est capable de formuler.
Nos difficultés ont commencé en 2013, quand l'État a ouvert les importations à plusieurs acteurs, dont nos clients historiques, les marketeurs, ce qui a fortement réduit nos parts de marché. Les problèmes de gouvernance survenus quelques années plus tard nous ont encore fragilisés. Fort heureusement, l'arrêté n°000036/ MP du 26 mars 2025, qui encadre l'importation, la commercialisation et la formulation des lubrifiants, a été publié au Journal officiel en mai 2026. Il laisse douze mois aux acteurs pour s'y conformer. Nous avons donc bon espoir que 2027 sera plus reluisante que 2026, avec un dépassement du seuil, synonyme de retour à l'équilibre.
En avril 2025, la GOC est entrée dans notre capital à hauteur de 71,20 %. Qu'est-ce que cela a changé dans la gouvernance et les décisions d'investissement ? Et les arriérés de salaires sont-ils soldés ?
Cette participation a été diluée le 25 juillet 2025, lors de l'augmentation du capital par compensation des créances de l'État. La GOC détient depuis 31,73 % du capital. Cette dilution n'a en rien restreint son appui : elle et ses filiales consomment du « Made in Gabon », ce qui a augmenté nos volumes. Une nouvelle augmentation de capital, par compensation de ses créances, est envisagée avant le 31 décembre 2026. La GOC redeviendra alors actionnaire majoritaire.
La gouvernance s'exerce conformément aux statuts de la société. Le conseil d'administration et les assemblées générales se réunissent régulièrement. Les budgets sont validés en fin d'année N-1 et exécutés en année N, avec un point d'étape à mi-parcours.
Sur le plan social, les salaires sont versés régulièrement. C'était l'unique engagement que j'avais pris devant le personnel à ma prise de fonction. Les treize mois d'arriérés ont été soldés en 2024 par mon prédécesseur, avec l'appui financier de la GOC. Par ailleurs, douze collaborateurs sont partis à la retraite entre juin 2025 et juin 2026. Avec la CNSS, nous avons veillé à ce qu'ils perçoivent leur pension dans les deux mois suivant leur départ.
En juin 2026, nous avons conclu avec le personnel un gel des revendications salariales pendant trois ans, fruit d'un management collaboratif et d'une communication interne transparente. Ce gel consensuel permet de maîtriser nos charges fixes en phase de relance.
Vous ambitionnez de devenir un acteur majeur en Afrique centrale. Quels marchés visez-vous, avec quel calendrier et quels investissements (modernisation, recyclage, nouvelles gammes) ?
Notre expansion dans la CEMAC (six pays) ou dans la CEEAC (onze pays) passera exclusivement par les marketeurs et les distributeurs agréés. Nous restons concentrés sur notre cœur de métier : la formulation. En 2027, nous porterons notre capacité de stockage d'huiles de base de 3 800 à 4 600 m³, avec un nouveau bac de 800 m³. Nous pourrons ainsi nous approvisionner par de plus gros navires, réaliser des économies d'échelle et garder la matière première plus longtemps sur le territoire pour mieux répondre à la demande intérieure. En 2028 et 2029, cinq nouveaux bacs, un de 2 000 m³ et quatre de 800 m³, la porteront à 9 800 m³, ce qui nous permettra de formuler des lubrifiants synthétiques pour l'industrie. L'arrêté de 2025 prévoit en outre que la liste des produits confiée à PIZOLUB peut évoluer par simple note circulaire, ce qui nous permettra d'accroître nos parts de marché. En 2030 et 2031, nous automatiserons l'ensemble des procédés de formulation et de conditionnement. Le recyclage des huiles usagées pourra être étudié par une task-force associant les ministères de l'Environnement et du Commerce. Notre défi, aujourd'hui comme demain, est de répondre en qualité et en quantité aux besoins de nos clients.
Quel a été votre plus grand défi, et à quoi ressemblera PIZOLUB dans dix ans ?
Mon plus grand défi était d'obtenir la révision du cadre réglementaire, chose faite avec l'arrêté du 26 mars 2025. Je remercie ses artisans, en particulier les services du ministère du Pétrole et la Direction générale de l'Aval pétrolier et gazier. Depuis sa publication, l'usine a reçu, entre mai et septembre 2026, des propriétaires de marques internationales comme Cofran/Fuchs, Repsol, Wolf Oil (Champion), Minerva Oil, My Lubricants et Yacco, accompagnés de leurs distributeurs agréés : Davum, Diesel Gabon, Pièces Equip'Auto et Gabon Pneus. C'est une première depuis 1978.
Dans dix ans, PIZOLUB sera une entreprise agile, connectée et enracinée dans son territoire, alliant performance industrielle, responsabilité sociale et souveraineté économique.
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