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Carburant, électricité, dette publique : le budget 2027 peut-il changer la vie des Gabonais ?

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Carburant, électricité, dette publique : le budget 2027 peut-il changer la vie des Gabonais ?

Pénuries de carburant, coupures d’électricité, budget 2027 en hausse de 13 % : trois sujets, une même question. Que reste-t-il, une fois la dette payée, pour faire tourner l’économie réelle ?

Il suffit d’une station-service à sec pour comprendre les fragilités d’une économie. Il suffit d’une coupure d’électricité pour mesurer ce que les statistiques ne disent pas : le coût quotidien des dysfonctionnements.

Le 7 octobre, la présidence a réuni les acteurs de l’aval pétrolier pour rétablir la distribution. Le 8, le Conseil des ministres a fait de la question une priorité. À Makokou, l’AGP rapporte des perturbations électriques liées au manque de carburant pour les installations. Un pays pétrolier qui peine à se fournir en carburant : le paradoxe mérite mieux qu’une réaction à chaud.

Ce que coûte une chaîne qui se grippe

Produire du pétrole n’est pas garantir sa disponibilité. Entre les deux : transport, stockage, distribution, maintenance, coordination. Quand un maillon cède, le coût se reporte sur les clients, les salariés, les ménages.

Ce coût n’est pas encore mesuré, faute de données publiques sur la durée des ruptures et les activités touchées. C’est déjà une information : on ne pilote pas ce qu’on ne mesure pas.

Le budget 2027 : la dette d’abord

Le projet de loi de finances, adopté en Conseil des ministres le 18 septembre et encore soumis à la procédure d’adoption, s’élève à 6 223,1 milliards de FCFA, contre 5 495,2 dans la LFR 2026. Mais le chiffre qui compte est ailleurs.

Les recettes de l’État sont évaluées à 3 291,7 milliards. Les charges financières de la dette atteignent 667,3 milliards, contre 487,6 en 2026 : +37 %. Cela représente environ 20 FCFA sur 100 de recettes consacrés aux seuls intérêts et charges associées.

S’y ajoutent 1 879,5 milliards d’amortissement du principal, inscrits dans les charges de trésorerie. Ce sont des catégories distinctes, et l’amortissement peut en partie être refinancé : on ne les additionne pas. Mais l’ordre de grandeur est là : le service de la dette absorbe une part considérable de ce que l’État encaisse.

Le reste du financement vient d’emprunts, dont 1 144,1 milliards envisagés sur les marchés internationaux. La dette n’est pas condamnable en soi : elle finance des infrastructures utiles. Mais elle se juge à ce qu’elle produit, au coût auquel on la lève et aux recettes futures qu’elle génère.

Investir, oui. Mais pour produire quoi ?

L’électricité est le test grandeur nature. Le Conseil des ministres annonce neuf turbines bicombustibles, 255 MW cumulés, attendues à la mi-novembre, et trois turbines à Kinguélé Aval (35 MW) prévues entre octobre et décembre, sous réserve des conditions d’exploitation.

Des mégawatts annoncés ne sont pas des kilowattheures livrés. Combustible, réseau, maintenance pèsent autant que la capacité installée. Les indicateurs à suivre sont simples : capacités réellement mises en service, énergie produite, nombre de délestages, qualité du service pour les ménages et les entreprises.

La diversification se voit dans l’assiette et le carnet de commandes

Le Gabon ne manque pas de ressources. Mais les détenir ne diversifie pas une économie. La diversification se lira dans la production agricole, la transformation du bois, l’industrie, la logistique, et dans des entreprises qui peuvent produire sans subir des aléas répétés d’énergie ou de transport. La souveraineté économique ne veut pas dire tout produire seul. Elle veut dire réduire les dépendances qui exposent aux ruptures et garder une marge de manœuvre face aux chocs.

Notre position

Le budget 2027 ne se jugera pas à son montant, mais à ce qu’il laisse une fois la dette servie, et à ce que cet argent change dans la vie des entreprises et des ménages. Nous demandons trois choses : un tableau de bord public des investissements énergétiques, une explication claire de l’usage des 1 144,1 milliards levés sur les marchés, et une enquête publique sur les causes de la pénurie de carburant.

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