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CEMAC : la finance régionale accélère, la dette reste sous surveillance

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CEMAC : la finance régionale accélère, la dette reste sous surveillance

Le marché financier de la zone CEMAC vit, depuis le printemps, sa période la plus dense depuis sa réforme d’unification : envolée des volumes boursiers, entrée en Bourse d’un poids lourd bancaire, première agence de notation agréée, réforme du placement privé et rapprochement inédit avec les régulateurs ouest-africains. Un dynamisme réel, que tempère toutefois un encours de dette souveraine désormais record. Une analyse de Willy Delort Heubo, expert des marchés financiers, réalisée et mise en forme par JR DJOUE DABANY pour Les Échos de l’Éco.

Après avoir maintenu son taux directeur à 4,75 % en avril, malgré une croissance régionale attendue en repli à 2,9 % en 2026, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a changé de cap le 29 juin. Réuni à Yaoundé, son Comité de politique monétaire a abaissé ses taux directeurs et les coefficients de réserves obligatoires pour relancer le crédit.

Elle a prolongé ce soutien à la liquidité en août, injectant environ 1 300 milliards de FCFA sur le marché monétaire régional en deux adjudications en l'espace de deux semaines, signe d'un appétit bancaire toujours vigoureux pour les liquidités.

La BVMAC change de dimension

Sur le seul premier trimestre 2026, le nombre de transactions à la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale (BVMAC) a bondi de 74 à 638 en un an, pour une valeur échangée multipliée par près de huit, à 1,98 milliard de FCFA. L'indice BVMAC All Share progressait de 25,75 % sur la période.

Surtout, l'introduction en Bourse de BGFI Holding Corporation, le 7 mai, a fait plus que tripler la capitalisation du marché actions en une seule séance, à plus de 1 650 milliards de FCFA, l'opération la plus marquante du marché régional depuis sa création.

Une architecture de marché qui se professionnalise

La Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (COSUMAF) a délivré, le 7 août, le tout premier agrément à une agence de notation financière de la zone, Geneva Investment Corporation, comblant un vide face à la dépendance aux agences internationales pour évaluer le risque de crédit en monnaie locale.

Le régulateur a par ailleurs engagé, le 14 juillet, une refonte du régime de placement privé afin d'en clarifier les règles de souscription et de circulation transfrontalière, et poursuit ses travaux sur un compartiment obligataire dédié aux PME et un cadre pour le financement participatif (crowdfunding).

Dette souveraine : dynamisme et points de vigilance

Selon l'analyse de Willy Delort HEUBO, l'encours des titres publics CEMAC a franchi, fin juillet, le seuil symbolique de 10 560,8 milliards de FCFA, en hausse de 26 % sur un an. Le Gabon en est désormais le premier émetteur, avec 30,5 %, porté par son programme d'investissements post-transition.

Mais la mobilisation devient plus disputée : le Tchad, qui doit lever 520 milliards de FCFA en 2026, n'a couvert que 84 % de ses adjudications d'août.

Signe que le marché continue d'innover pour élargir sa base d'épargnants, la microfinance gabonaise Bamboo a ouvert, le 15 juillet, une souscription obligataire à coupure de 1 000 FCFA, une première dans la zone, pour 5 milliards de FCFA à 7,25 % sur trois ans.

Vers un marché interconnecté

L'intégration dépasse les frontières de la CEMAC. Le 6 juillet à Libreville, la COSUMAF a signé un accord avec l'Autorité des marchés financiers de l'Union monétaire ouest-africaine (AMF-UMOA) et la Conférence interafricaine des marchés d'assurances (CIMA), afin de créer, selon sa présidente Jacqueline Adiaba-Nkémbé, des « canaux capables de transformer l'épargne domestique et diasporique en investissement productif ».

Cette alliance couvre l'essentiel de l'Afrique subsaharienne francophone.

À suivre d’ici l’année prochaine

Clôture le 12 octobre de la souscription Bamboo ; nouvel emprunt obligataire camerounais de 100 à 150 milliards de FCFA envisagé sur la BVMAC, sous réserve des conditions de marché ; poursuite de la levée tchadienne pour atteindre son objectif annuel ; premières concrétisations du compartiment PME et du cadre crowdfunding de la COSUMAF.

Autant de chantiers qui diront si le marché financier d'Afrique centrale confirme son changement d'échelle.

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