Les exportations non pétrolières des Émirats arabes unis vers le Gabon ont dépassé en six mois leur niveau enregistré sur l'ensemble de 2025. Derrière cette accélération se dessine un rapprochement économique plus structuré entre Libreville et Abou Dhabi, porté par le commerce, les investissements et le nouvel accord de partenariat économique.
Le chiffre attire l'attention. En seulement six mois, les exportations non pétrolières des Émirats arabes unis vers le Gabon ont atteint 62,7 millions de dollars, soit environ 37,6 milliards de FCFA. Sur l'ensemble de 2025, elles s'étaient établies à 61,1 millions de dollars, selon l’agence officielle Emirates News Agency (WAW). Autrement dit, les entreprises émiraties ont déjà dépassé, à mi-parcours de 2026, leur performance commerciale de l'année précédente.
Cette progression intervient après une année 2025 déjà dynamique. Les exportations non pétrolières des Émirats vers le Gabon avaient alors augmenté de 27 %. Le mouvement ne relève donc pas uniquement d'un effet ponctuel : il traduit une intensification des échanges entre les deux économies.
Le commerce comme première locomotive
La première explication se trouve dans la montée en puissance des échanges commerciaux. En 2025, le commerce non pétrolier entre les deux pays a atteint 320,6 millions de dollars. Au premier semestre 2026, il représentait déjà 141,7 millions de dollars, écrit l’agence.
Cette relation reste toutefois déséquilibrée. Les Émirats exportent vers le Gabon une gamme diversifiée de marchandises, tandis que les exportations gabonaises vers le marché émirati reposent notamment sur le manganèse, le caoutchouc et les produits forestiers.
Cette configuration pose une question centrale pour Libreville : comment transformer l'augmentation des échanges en davantage de valeur ajoutée pour l'économie gabonaise ? La réponse passe notamment par la capacité des entreprises locales à accéder au marché émirati et à développer des produits exportables au-delà des matières premières.
Le CEPA change la donne
L'accélération intervient surtout dans un contexte nouveau. Le Gabon et les Émirats arabes unis ont signé, le 6 février 2026 à Abou Dhabi, un Accord de partenariat économique global (CEPA) destiné à faciliter les échanges et les investissements.
La logique du dispositif est claire : réduire les barrières commerciales, améliorer l'accès aux marchés et créer un environnement plus favorable aux opérateurs économiques des deux pays. Plusieurs secteurs sont concernés, notamment l'agriculture, la logistique et les énergies renouvelables.
Pour les entreprises émiraties, le Gabon offre ainsi un marché de consommation, mais aussi une porte d'entrée vers des secteurs considérés comme stratégiques. Pour Libreville, l'intérêt est différent : attirer des capitaux, diversifier les partenaires économiques et favoriser la transformation locale des ressources.
Abou Dhabi accélère en Afrique
La progression des exportations vers le Gabon doit également être replacée dans une stratégie plus large des Émirats en Afrique. Abou Dhabi cherche depuis plusieurs années à renforcer ses positions sur le continent à travers le commerce, les infrastructures, la logistique, l'énergie, l'agriculture et les investissements.
Selon les données communiquées par WAM, les Émirats auraient investi plus de 110 milliards de dollars en Afrique entre 2019 et 2024. Le Gabon s'inscrit dans cette dynamique. Sa position géographique, ses ressources naturelles et ses besoins importants en infrastructures constituent autant d'opportunités pour les investisseurs émiratis. Les secteurs évoqués dans les discussions bilatérales comprennent notamment les mines, les infrastructures, les énergies renouvelables, la technologie, la sécurité alimentaire et la logistique.
Le véritable enjeu pour le Gabon
Pour Libreville, la hausse des exportations émiraties constitue à la fois une opportunité et un signal de vigilance. Une progression des importations peut témoigner d'un approfondissement des échanges, mais elle ne garantit pas à elle seule un bénéfice équivalent pour l'économie locale.
Le véritable enjeu consiste donc à faire de cette relation commerciale un levier d'investissement et de production. L'objectif serait de passer progressivement d'une relation dans laquelle le Gabon achète davantage de produits finis à une relation permettant également aux entreprises gabonaises de vendre davantage de produits transformés sur le marché émirati.
Le CEPA peut jouer ce rôle d'accélérateur à condition que les opérateurs gabonais puissent saisir les débouchés qu'il ouvre. Cela suppose de renforcer la compétitivité des entreprises, la qualité des produits, la logistique et la capacité à répondre aux normes du marché international.
Une accélération à surveiller
Avec 62,7 millions de dollars d'exportations non pétrolières en six mois, les Émirats ont déjà dépassé leur niveau annuel de 2025. Cette accélération illustre la nouvelle densité des relations économiques entre Libreville et Abou Dhabi.
Reste désormais à savoir si cette dynamique profitera principalement aux exportateurs émiratis ou si elle permettra également au Gabon d'augmenter ses propres exportations, d'attirer des investissements productifs et de créer davantage de valeur localement.
C'est sur ce terrain que se mesurera, au-delà des chiffres du commerce, la portée économique réelle du rapprochement entre les deux pays.