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Gabon : l’effet domino d’une pénurie de carburant au cœur du quotidien

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Gabon : l’effet domino d’une pénurie de carburant au cœur du quotidien

Flambée des transports à plus de 150 %, tensions sécuritaires dans les stations-service, vols et paralysie économique : le quotidien des Gabonais bascule sous l'effet de la crise du carburant. Étendue du gasoil à l'essence sans communication préalable, la pénurie contraint les forces de l'ordre à intervenir pour encadrer les files d'attente, tandis que les ménages modestes voient leur pouvoir d'achat asphyxié.

Dans les rues de la capitale, le prix de la course de taxi a bondi de 1 000 à 2 500 FCFA dans plusieurs secteurs. Une surenchère dictée par des particuliers et des propriétaires de véhicules 4x4 improvisant des transports clandestins pour tirer parti de la rareté des taxis officiels. La situation frappe de plein fouet les familles en pleine rentrée scolaire.

« Depuis vendredi, pour se rendre à Ntoum, c'est devenu infernal. Le prix du transport a doublé. Les passagers supplient même les chauffeurs de les prendre à 4 par banc tant tout le monde veut arriver », confie un usager contraint de se déplacer quotidiennement entre Ntoum et Libreville.

Sur le terrain, la rareté de la ressource attise la nervosité et les actes de délinquance. Une station-service du centre-ville a enregistré le vol de deux bouteilles de gaz en pleine cohue et un déficit financier de 52 000 FCFA pour le gérant. Face aux bousculades répétées et à la menace du marché noir, les forces de l'ordre ont été déployées pour sécuriser les pompes et maintenir un semblant d'ordre public.

L'engrenage inflationniste et le piège de l'informel

Pour un économiste gabonais sollicité sur la question, cette crise illustre la mécanique prévisible d'un marché sous tension. « Il faut comprendre que toute forme de pénurie est la résultante d'un déséquilibre entre l'offre et la demande. C'est d'abord un manque qui finit par devenir une crise si ce manque perdure dans le temps », a-t-il expliqué.

L'expert alerte sur l'effet domino qui menace désormais le panier de la ménagère. « Quand le carburant manque, les camions roulent moins et coûtent plus cher. Les commerçants augmentent leurs prix, en premier lieu sur les produits frais comme les légumes, le poisson ou la viande. Le problème est que ces prix montent très vite, mais redescendent très lentement une fois la crise passée », a-t-il poursuivi, tout en faisant un parallèle avec la crise du Haut-Ogooué, où les denrées de première nécessité avaient quasiment doublé de prix.

Sur le plan de la mobilité, l'analyste souligne le danger du boom des transports informels : « À court terme, les 4x4 et véhicules particuliers sont une solution de secours car les gens doivent se déplacer. Mais ce secteur informel pratique des tarifs libres, circule souvent sans contrôle ni assurance, et crée une concurrence déloyale envers les transporteurs légitimes. Si la crise dure, des chauffeurs formels pourraient basculer dans l'informel, fragilisant durablement le secteur », prévient-il.

Arbitrages des ménages et défaillances structurelles

Cette inflation contrainte modifie brutalement le budget des foyers. Dans une économie de consommation, le transport est une dépense incompressible pour se rendre au travail ou envoyer les enfants à l'école. Pour compenser, les ménages modestes coupent dans les dépenses de santé ou d'alimentation, ce qui asphyxie par ricochet les petites vendeuses des marchés dont la clientèle se raréfie.

La dégradation, elle, trouve sa racine dans les fragilités structurelles du modèle énergétique national. Bien que le Gabon soit un pays producteur de pétrole, il reste tributaire d'une unique raffinerie, la Sogara. Les dysfonctionnements récurrents de cette infrastructure et les retards de livraison des navires, déjà responsables de plus d'un mois de pénurie à Port-Gentil en juin dernier, mettent en lumière l'extrême faiblesse des stocks de sécurité.

L'économiste pointe un paradoxe flagrant. « L'État dépense pourtant plus de 12 milliards de FCFA par an en subventions sans que les stations soient régulièrement approvisionnées. Le vrai problème est le manque d'anticipation et de communication », précise-t-il.

D'abord limitée au gasoil dès le 30 septembre avec un quota de 10 litres par véhicule, la pénurie s'est étendue à l'essence le mardi 6 octobre sans alerte préalable, plongeant les usagers dans la psychose.

Si la résilience des populations et la présence des forces de sécurité permettent pour l'heure de contenir un basculement social majeur, cette crise démontre l'urgence de réformes profondes, notamment de multiplier les sources d'approvisionnement, de constituer de vrais stocks stratégiques et d'instaurer une communication transparente dès le premier jour pour protéger les populations les plus vulnérables.

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