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Cliniques privées vs Hôpitaux publics : quand la double activité des médecins pèse sur le malade

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Cliniques privées vs Hôpitaux publics : quand la double activité des médecins pèse sur le malade

Au Gabon, le cumul d’activités des médecins entre hôpitaux publics et cliniques privées ne relève plus seulement du choix de carrière, il se révèle être une question complexe de gouvernance aux conséquences humaines et économiques directes. Alors que l'État finance la formation et la solde de nombreux praticiens fonctionnaires, la disponibilité de ces praticiens bascule parfois vers le secteur privé libéral, soulevant un débat légitime sur l'équilibre du service public.

Face à ce basculement systématique devenu banal, c’est le patient au portefeuille modeste qui en paye le prix fort. L’absentéisme de certains spécialistes dans les hôpitaux publics et la canalisation des patients vers les structures privées créent un profond sentiment d’abandon chez les usagers.

Les réorientations de la patientèle du public vers le privé illustrent des dysfonctionnements profonds de l'offre de soins. « Pour le suivi de ma grossesse à Libreville, après Oyem, on m’avait conseillé une gynécologue d’une structure publique. Lorsque nous l’avons eue au téléphone, elle nous a donné rendez-vous dans une structure privée. Nous avons payé la consultation sans prise en charge de la CNAMGS. Après avoir réglé, grande a été ma surprise d’entendre la secrétaire de la structure me dire d’aller retrouver la médecin dans la structure publique pour ma consultation », témoigne Emmanuelle.

Pour beaucoup, le passage du public au privé n'est pas un choix de confort, mais une contrainte financière imposée à des ménages démunis qui cherchent à bénéficier de la solidarité nationale théoriquement garantie par l'État. « Mais est-ce que le malade est parti de chez lui pour aller dans ta clinique ? Quand quelqu'un vient à l'hôpital, il n'a pas cherché de clinique, ça veut dire que ses ressources ne répondent pas ! », se désole un père de famille.

Entre quête de rentabilité et défis structurels du secteur public

Si cette double activité est perçue par certains comme une quête de rentabilité au détriment du soin public, la réalité du terrain reflète aussi des fragilités structurelles. Pour de nombreux praticiens, l'exercice en clinique privée constitue une réponse à l’insuffisance des équipements, aux manques récurrents de consommables dans les hôpitaux publics ou à la nécessité de maintenir un niveau de revenu en adéquation avec leurs qualifications.

Néanmoins, l'impact sur l'hôpital public reste palpable. « Ces gars-là abandonnent la blouse parce qu'ils veulent que le président paye les quotes-parts... Tu es déjà fonctionnaire, tu es payé. Mais à chaque consultation, parce que tu sais que le patient paye, tu veux une quote-part », commente un observateur.

Le débat porte également sur l'engagement des acteurs du système à transformer les conditions d'exercice. « On ne les a jamais vus abandonner leurs blouses et dire "Améliorez nos conditions de travail, donnez-nous tout ce qu'il faut, facilitez-nous" », a constaté un patient. En parallèle, la dégradation du service perçu dans les établissements publics accentue le sentiment d'un accueil marchandisé. « Comment on vous reçoit... Tu balades les gens et tu te fais payer. Tu ne tiens pas compte des malades », poursuit le patient.

Ce fonctionnement hybride crée des défis économiques majeurs. Pour les ménages vulnérables, le recours forcé au privé entraîne des dépenses de santé imprévues qui pèsent lourdement sur l'épargne familiale. Pour les organismes d'assurance comme la CNAMGS, la prise en charge d'actes dans le secteur privé représente un coût supérieur, qui pèse sur la soutenabilité globale du système de santé.

Au-delà de la rigueur administrative, une réorganisation globale du système de santé est indispensable afin de parvenir à un équilibre durable. Cela implique, entre autres, la revalorisation des conditions de travail et des actes dans l'hôpital public afin de fidéliser les compétences sur le terrain ; l’encadrement de manière claire et transparente du temps de travail des médecins fonctionnaires ainsi que des autorisations d'exercice libéral ; le renforcement des plateaux techniques publics, indispensable pour garantir aux praticiens les moyens d'exercer pleinement leur art au bénéfice de l'ensemble de la population.

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