Ce 16 septembre, comme chaque année, le monde célèbre la Journée internationale de la protection de la couche d'ozone. Le thème 2026: « Action mondiale pour une planète plus fraîche », résonne particulièrement fort sous le soleil équatorial du Gabon. Mais derrière le slogan, une question taraude : le pays est-il vraiment prêt à tenir ses engagements ?
Un pionnier africain du climat
Le Gabon n'est pas novice en matière de diplomatie environnementale. Dès février 2018, bien avant plusieurs de ses voisins, le pays ratifiait l'amendement de Kigali. Un acte fort. Un signal envoyé à la communauté internationale : le Gabon veut être du bon côté de l'histoire climatique.
Et les arguments ne manquent pas. Avec 87 % de son territoire couvert de forêts, treize parcs nationaux et une loi climat adoptée en 2021, le pays s'est construit une réputation de champion vert en Afrique. Qui, à Libreville, n'a pas entendu l'écho de cette phrase prononcée par l'ancien président Ali Bongo Ondimba lors de la COP22 : « La Terre n'est pas un cadeau que nos parents nous ont laissé, c'est un prêt que nos enfants nous ont confié. » Une phrase qui, aujourd'hui encore, orne les discours officiels.
Mais derrière la vitrine…
Pourtant, sur le terrain, la réalité est plus nuancée. Bernard Landry Panzou, coordonnateur national des questions liées à l'ozone, le reconnaissait lui-même l'an dernier : les efforts manquent de coordination. Chaque administration avance à son rythme. Les plans d'action nationaux peinent à se traduire en actes concrets.
Le véritable enjeu, ce sont les HFC, ces hydrofluorocarbures qui ont remplacé les substances destructrices de l'ozone dans les climatiseurs, les réfrigérateurs et les chaînes du froid. Le problème ? Ce sont de redoutables gaz à effet de serre, parfois des milliers de fois plus puissants que le CO2. Si l'Amendement de Kigali est pleinement appliqué, le monde pourrait éviter jusqu'à 0,5 °C de réchauffement d'ici 2100. Un chiffre qui donne le vertige.
Mais au Gabon, pays chaud et humide où la climatisation n'est pas un luxe mais une nécessité, la transition est délicate. Les importations de HFC restent mal contrôlées. Le secteur informel de la réfrigération échappe largement aux radars. Et les techniciens formés aux bonnes pratiques sont encore trop peu nombreux.
Des voix qui s'élèvent
« On ne peut pas demander aux Gabonais de renoncer à leur confort sans leur offrir d'alternatives », confie un responsable du ministère de l'Environnement, sous couvert d'anonymat. « Le problème, ce n'est pas la volonté politique. C'est le financement. Les fonds internationaux promis arrivent au compte-gouttes. »
Du côté de la société civile, l'impatience grandit. « Cela fait des années qu'on nous parle de transition écologique, mais dans les marchés de Libreville, les vieux climatiseurs continuent d'être vendus sans contrôle », s'indigne un militant environnemental, qui préfère garder l'anonymat. « On nous demande de sauver la planète, mais on ne nous donne pas les moyens de le faire. »
Le ministre de l'Environnement, Maurice Ntossui Allogo, l'a lui-même admis en juin dernier : le soutien international reste insuffisant. Une manière élégante de dire que le compte n'y est pas.
L'urgence d'agir
Car le temps presse. Les pays développés ont commencé à éliminer progressivement les HFC dès 2019. De nombreux pays en développement ont emboîté le pas cette année. Le Gabon, lui, vise une réduction de 67,5 % de sa consommation de HCFC d'ici 2027 et une élimination complète en 2030. Des objectifs ambitieux. Peut-être trop, si les moyens ne suivent pas.
« Ce n'est pas seulement une question de volonté », explique un expert du secteur. « Il faut former les douaniers, équiper les centres de recyclage, sensibiliser les artisans frigoristes. C'est un chantier immense. Et pour l'instant, on avance surtout sur le papier. »
Une planète plus fraîche, vraiment ?
Le thème de cette année: « Action mondiale pour une planète plus fraîche », sonne comme un appel. Mais au Gabon, il résonne aussi comme un rappel à l'ordre. Car si le pays a su se positionner comme un leader du discours climatique en Afrique, l'heure est venue de passer aux actes.
Les Gabonais, eux, attendent des résultats concrets. Pas seulement des discours. Pas seulement des signatures au bas des traités internationaux. Ils veulent des climatiseurs qui ne réchauffent pas la planète. Des techniciens formés. Des contrôles efficaces. Et surtout, une volonté politique qui ne s'arrête pas aux frontières des conférences internationales.
Comme le résume un jeune ingénieur en froid rencontré à Montagne Sainte : « On nous dit que chaque geste compte. Alors commençons par poser les bons. »
La planète refroidira peut-être. Mais pour l'instant, au Gabon, c'est surtout la facture climatique qui continue de chauffer.