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Déguerpissements à Libreville : la question délicate des sépultures privées

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Déguerpissements à Libreville : la question délicate des sépultures privées

Lors de la libération des emprises publiques dans le Grand Libreville, la présence de sépultures au sein de propriétés privées constitue l'un des aspects les plus complexes des opérations de déguerpissement. Entre impératifs de développement des infrastructures et respect des mémoires familiales, la gestion des exhumations exige un encadrement rigoureux pour en limiter l'impact économique et préserver la paix sociale.

Dans les zones d'emprise des projets routiers du Grand Libreville, l'inhumation informelle sur des parcelles privées constitue un frein majeur au déploiement des chantiers. De nombreuses tombes familiales, implantées historiquement dans des parcelles résidentielles sans respecter la distance minimale prescrite par la loi entre sépulture et habitation [distance à confirmer], représentent un obstacle logistique et financier majeur pour les projets de voirie ou d'assainissement.

Chaque sépulture située dans l'emprise d'un chantier impose une procédure légale stricte d'exhumation, de transfert et de réinhumation dans un cimetière réglementé. Consciente de la charge symbolique et financière que représente le déplacement d'un défunt, le Gouverneur de la province de l'Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, insiste particulièrement sur la sensibilisation des populations impactées quant à la prise en charge intégrale des procédures par la collectivité.

« L'État prend tout en charge », assure-t-elle, précisant que tout se fait en concertation avec les familles pour honorer la mémoire des défunts et respecter la tradition. « Même si l'exhumation est encadrée par la loi, l'État essaie d'apporter quelque chose pour que le rite puisse se faire. Le rite dépend de la famille ; l'État, lui, apporte sa contribution. »

Si la prise en charge globale de ces démarches (expertises judiciaires, pompes funèbres, aménagement de caveaux sécurisés dans un cimetière municipal) constitue une dépense imprévue pour la puissance publique, cette centralisation financière reste essentielle : elle évite les surcoûts d'immobilisation pour les entreprises de BTP attributaires des marchés publics et prévient le blocage social des chantiers.

Gouvernance urbaine et prévention des risques futurs

D'un point de vue économique et patrimonial, l'élimination des sépultures non réglementaires participe à la revalorisation foncière du domaine privé comme du domaine public. Une parcelle abritant des tombes privées subit une forte dépréciation sur le marché immobilier, les acquéreurs potentiels redoutant les contraintes sacrées et juridiques d'un transfert ultérieur.

En régularisant ces parcelles et en déplaçant les sépultures vers des cimetières publics sécurisés, l'État rétablit la valeur vénale des sols et sécurise les investissements publics sur le long terme, évitant que la mémoire des défunts ne soit vouée à l'abandon lors de l'urbanisation des zones périphériques.

« L'assainissement du domaine public est un prérequis indispensable à la modernisation de nos villes, mais il doit s'opérer dans un cadre républicain qui protège à la fois le droit de propriété et la paix sociale », rappelle l'autorité administrative.

La faisabilité opérationnelle de ces déguerpissements s'appuie sur des réussites antérieures à Libreville : la libération des zones à risques de Mindoubé, alliant indemnisations et logements neufs ; la création de l'IAI Market et de ses 500 étals ; et les réinhumations réussies au cimetière d'Akanda.

La gestion efficace des sépultures privées lors des déguerpissements repose avant tout sur une sensibilisation continue des citoyens. L'inhumation à domicile, bien qu'ancrée dans certaines pratiques familiales, s'avère économiquement préjudiciable face à la dynamique d'extension urbaine du Grand Libreville.

« Je suggère aux familles de mettre leurs proches dans des cimetières municipaux : c'est plus sûr. Tous ceux qui enterrent près de la route... la route finit par tout détruire, et ces tombes-là seront exhumées. C'est ce que je constate tous les jours », avertit Marie-Françoise Dikoumba.

En incitant les ménages à recourir d'emblée aux concessions municipales, la collectivité préserve le budget des familles contre d'éventuels frais d'exhumation futurs et assure une meilleure planification du domaine public, gage d'une économie urbaine plus structurée et attractive pour les investisseurs.

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