Le 30 septembre prochain à Libreville, l'Institut Prométhée réunit experts africains et chinois autour du 15e Plan quinquennal et de la politique chinoise de zéro droit de douane. Derrière l'annonce d'un marché plus ouvert se pose une question moins confortable : les économies africaines disposent-elles des capacités de production nécessaires pour transformer cet accès en débouchés réels ?
Depuis plusieurs années, Pékin multiplie les signaux d'ouverture envers les économies africaines : accords tarifaires préférentiels, promesses d'importations accrues, discours sur le rééquilibrage des échanges. L'accès facilité au marché chinois, mis en avant depuis les forums de coopération Chine-Afrique, est présenté comme un levier de diversification pour des économies dépendantes des matières premières brutes. Mais un abaissement des droits de douane ne crée pas, à lui seul, un flux commercial : il ouvre une porte, il ne garantit pas que quelqu'un la franchisse.
C'est cette question que l'Institut Prométhée, think tank gabonais fondé en 2019, propose d'examiner le 30 septembre à Libreville, lors d'un colloque organisé avec le soutien de l'ambassade de Chine au Gabon. Autour du thème « Du 15e Plan quinquennal à la politique de zéro droit de douane : comment l'Afrique saisit les opportunités du développement de haute qualité et de l'ouverture de haut niveau de la Chine ? », la rencontre doit réunir, en quatre panels, experts, diplomates, universitaires et acteurs économiques du Togo, de Côte d'Ivoire, du Bénin, du Congo-Brazzaville et de République centrafricaine, aux côtés d'intervenants chinois.
Le 15e Plan quinquennal, une grille de lecture des priorités chinoises
Le 15e Plan quinquennal (2026-2030) fixe d'abord les orientations internes de la Chine : montée en gamme industrielle, autonomie technologique, essor de la consommation intérieure. Pour l'Afrique, l'intérêt n'est pas d'y figurer, mais d'y lire, en creux, les secteurs que Pékin va privilégier ou délaisser. Un cadre de politique intérieure, non un engagement envers l'Afrique.
Zéro droit de douane : un accès qui ne se décrète pas côté vendeur
La politique de zéro droit de douane, étendue à un nombre croissant de pays africains, supprime une barrière tarifaire à l'entrée du marché chinois, diversification en théorie bienvenue pour des économies dépendantes des marchés européens. En pratique, elle ne change ni la disponibilité d'une offre exportable, ni sa conformité aux normes chinoises, ni la capacité à livrer des volumes réguliers. Sans production ni logistique suffisante, elle profite d'abord aux économies déjà en mesure d'exporter.
L'enjeu central reste la transformation locale : exporter des matières brutes vers un marché sans droit de douane ne change pas la position d'un pays dans la chaîne de valeur, cela déplace seulement le lieu de la vente. Transformer le bois, le cacao ou les minerais suppose des investissements industriels, des infrastructures fiables, un accès au financement et une mise aux normes que peu d'économies de la sous-région ont engagée. Cette capacité productive, plus que l'accord tarifaire, déterminera l'effet réel de l'ouverture chinoise.
Pour le Gabon et l'Afrique centrale, la question dépasse le colloque. La sous-région reste dépendante des hydrocarbures et du bois brut, avec une base industrielle étroite. Un marché chinois plus accessible n'a de valeur que si les filières locales, bois transformé, agro-industrie, minerais, produisent des volumes exportables aux normes attendues. Le débat a le mérite de poser la question en ces termes : non pas si la Chine ouvre son marché, mais si l'Afrique centrale est en mesure d'y vendre autre chose que des matières premières.