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Gabon Infini : 112 milliards de FCFA pour faire de la biodiversité un levier économique

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Gabon Infini : 112 milliards de FCFA pour faire de la biodiversité un levier économique

Le Gabon veut désormais faire de sa biodiversité davantage qu’un patrimoine à préserver. À Makokou, le gouvernement a signé le 29 août avec The Nature Conservancy (TNC), Enduring Earth et le Fonds de Préservation de la Biodiversité au Gabon (FPBG) l’accord-cadre lançant officiellement « Gabon Infini ». Au cœur du dispositif : jusqu’à 200 millions de dollars, soit environ 112 milliards de FCFA, mobilisables sur dix ans pour financer à la fois la conservation des écosystèmes et le développement socio-économique des communautés rurales.

Gabon Infini repose sur le modèle du Projet de Financement pour la Permanence (PFP). L’objectif est de combler le déficit de financement de la conservation tout en préparant des sources de revenus capables de prendre le relais après la période initiale de dix ans. Le montage prévoit 94 millions de dollars de subventions publiques et privées facilitées par TNC et Enduring Earth, auxquels doivent s’ajouter 86 millions de dollars mobilisés par le gouvernement gabonais. Des intérêts et rendements d’investissement pourraient générer 20 millions de dollars supplémentaires.

Le dispositif ne se limite donc pas à injecter des ressources dans les aires protégées. Il cherche à installer une architecture financière durable. Parmi les mécanismes envisagés figurent les recettes de l’écotourisme, les droits d’entrée dans les parcs, les rendements des investissements ou encore la création d’un fonds catalyseur vert susceptible d’accorder des microcrédits aux entrepreneurs ruraux engagés dans des activités respectueuses de la nature.

Faire de la conservation une activité économique

L’enjeu est précisément là : transformer les dépenses de conservation en opportunités économiques locales. Le programme doit soutenir des initiatives de foresterie et de pêche durables, l’écotourisme, des activités génératrices de revenus autour des espaces protégés, mais aussi des actions contre les conflits entre l’homme et la faune et des mesures d’adaptation au changement climatique.

Cette approche vise en particulier les populations vivant dans et autour des aires protégées. Gabon Infini ambitionne d’améliorer les conditions de vie et les moyens de subsistance d’environ 100 000 personnes, en renforçant leur participation à la gestion des espaces naturels et en soutenant des activités économiques compatibles avec leur préservation.

Le changement de paradigme est également assumé par le gouvernement. Pour le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, la biodiversité doit devenir un « pilier stratégique du développement national », avec l’objectif de placer les communautés au cœur de la création d’opportunités économiques durables.

Le test de la pérennité

Le véritable enjeu sera toutefois de mesurer ce que ces financements produiront sur le terrain. Le programme s’inscrit dans une stratégie nationale plus large, avec notamment la création annoncée de 3,7 millions d’hectares supplémentaires d’aires protégées et le renforcement de la gestion d’environ 3,8 millions d’hectares déjà protégés.

Pour Admola Ajagbe, directeur régional Afrique de TNC, trois conditions seront déterminantes pour la mise en œuvre : une volonté politique claire, une gouvernance robuste et la mobilisation de compétences gabonaises.

Au-delà des 200 millions de dollars annoncés, la réussite de Gabon Infini se jouera donc dans sa capacité à faire émerger des activités génératrices de revenus suffisamment solides pour survivre aux financements initiaux. Le pari est économique autant qu’écologique : faire du capital naturel gabonais une source durable de prospérité pour les communautés, sans compromettre les ressources qui constituent précisément ce capital.

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