C’est une alerte de la Société d’Energie et d’Eau du Gabon (SEEG) qui remet en lumière la vulnérabilité hydrique du poumon économique gabonais. Du 1er août au 30 septembre 2026, la hausse de la salinité de l’Ogooué va imposer un rationnement d’eau majeur. Entre hausse de 300% du prix du mètre cube et surcoûts d’exploitation, analyse d’un risque récurrent qui pèse sur le tissu industriel et les PME locales.
Annoncée le 20 juillet 2026 par la société d’Energie et d’Eau au Gabon (SEEG), la suspension intermittente du pompage à Mandorové ne représente pas seulement une crise de desserte, c’est un facteur d’inflation directe pour les entreprises locales.
En grande saison sèche, le faible débit de l’Ogooué combiné aux fortes marées atlantiques entraîne une remontée d’eau salée. Pour préserver ses installations industrielles contre la corrosion du chlorure de sodium, la SEEG suspend le pompage lors de pics de salinité, transférant ainsi la charge de la continuité d’activités sur le secteur privé.
"Ces épisodes de pics de salinité au niveau de la prise d’eau brute vont contraindre le SEEG à procéder à des arrêts momentanés de la station de Mandorové, pour en préserver l’intégrité des équipements”, indique le communiqué.
L’addition salée du rationnement pour les entreprises
Pour maintenir leur chaîne de production, les grands donneurs d’ordres, SOGARA, acteurs pétroliers, chantiers navals, comme les PME (hôtellerie, transformation, BTP) doivent activer des protocoles de secours extrêmement coûteux.
En temps normal, les professionnels connectés au réseau public bénéficient du tarif industriel et commercial de la SEEG, établi entre 500 et 800 FCFA le mètre cube. Sur ce marché alternatif sous forte tension, le prix du mètre cube s’envole littéralement, atteignant 3000 à 10 000 FCFA/m3. Pour les petites et moyennes entreprises (PME), la facture d’approvisionnement en eau se trouve multipliée par un facteur de 4 à 8. Une PME consommant en moyenne 50m3 par jour voit son budget en eau bondit d’environ 35000 Fcfa sur le réseau public à 150 000 à 300 000 FCFA via le transport par citerne. Sur deux mois complets de crise, l’addition devient critique pour les fonds de roulement.
Pour les grands sites industriels dotés de leurs propres unités de traitement ou de dessalement par osmose inverse, le défi se déplace sur le terrain de la maintenance et de l’énergie. L’exploitation continue de ces équipements de secours entraîne une hausse de 15 à 30% des charges opérationnelles directes, tirée par une surconsommation de carburant pour les groupes électrogènes et une usure prématurée des filtres à la forte salinité de l’eau.
Une hausse brutale des charges qui pèse immédiatement sur la trésorerie et les marges opérationnelles, risquant de provoquer des retards de livraison, des pénalités contractuelles et un ralentissement de l’activité commerciale.
De l’urgence logistique aux investissements stratégiques
Sur le terrain, la SEEG annonce le déploiement de brigades techniques pour surveiller en continu la métrologie du fleuve Ogooué et adapter le pompage en fonction des marées. Toutefois, du point de vue des acteurs économiques, des mesures d’urgence ne suffisent plus.
Ce phénomène s’est déjà manifesté avec acuité particulière lors des crises hydrauliques de 2007, 2022 ou encore plus récemment au troisième trimestre 2025. Une répétition annuelle qui met au premier plan la question de la sécurisation des investissements. La relocalisation de la prise d’eau plus en amont du fleuve et l’augmentation des capacités de stockage d’eau traitée s’imposent désormais comme des priorités d’investissement pour garantir l’attractivité et la compétitivité de la capitale économique du Gabon.