Le Gabon connaît enfin le nombre exact de ses habitants. Selon les premiers résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL) 2026, présentés le 1er septembre par la ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, le pays compte désormais 3 518 621 résidents. Parmi eux, 2 318 365 Gabonais (65,9 %) et 1 200 256 étrangers (34,1 %). Près d'un habitant sur trois vivant au Gabon n'a donc pas la nationalité gabonaise.
Une population presque doublée depuis 2013
La population totale affiche une progression de 94 % par rapport au précédent recensement de 2013. Un bond spectaculaire, que la ministre attribue à la fois à l'accroissement naturel et, surtout, à une couverture bien plus fine du territoire : 5 005 agents recenseurs, 3 322 secteurs de dénombrement, près de 865 000 ménages comptabilisés, pour un taux de couverture de 97 %, rendu possible par la numérisation, la géolocalisation et le suivi en temps réel.
Cette précision change aussi la lecture de la composante étrangère. En 2013, le Gabon estimait sa population immigrée à 352 615 personnes, soit environ 20 % du total. Le chiffre de 2026 (34,1 %) traduit donc à la fois une présence étrangère réelle et une capacité de comptage nettement améliorée. La ministre a d'ailleurs reconnu que les équipes avaient dû surmonter la réticence initiale de nombreux étrangers à se faire recenser, en s'appuyant sur les ambassades et les associations de communautés.
Une donnée à lire avec l'économie, pas contre elle
Ce chiffre rejoint une réalité déjà documentée : le Gabon figure parmi les pays africains à la plus forte proportion d'immigrés, portée par sa stabilité relative et ses opportunités économiques, notamment dans le pétrole, les mines, la forêt et l'informel, où la main-d'œuvre étrangère est particulièrement présente. La stratégie de transformation économique du pays, dans l'industrie, les mines, la métallurgie, l'énergie ou le numérique, continuera d'ailleurs à mobiliser des compétences venues d'ailleurs, faute d'une offre de formation locale suffisante dans certains secteurs spécialisés.
Ce que le recensement dessine pour la suite
Autre enseignement : l'Estuaire concentre plus de 60 % de la population nationale, confirmant le poids démographique de Libreville et de ses environs, sur fond de congestion urbaine déjà documentée. Ces chiffres doivent désormais servir de boussole au Plan national de croissance et de développement 2026-2030 : santé, éducation, logement, emploi, aménagement du territoire et décentralisation. Pour les experts, le recensement n'est pas un verdict, c'est une photographie. Reste à savoir ce que le pays choisit d'en faire.