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Qui finance réellement l'économie gabonaise ? Deux banques portent près de 70 % du crédit

Qui finance réellement l'économie gabonaise ? Deux banques portent près de 70 % du crédit

Selon l'Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Gabon (APEC Gabon), les crédits au secteur privé progressent de 12,69 % au premier semestre 2026. Or, ce financement de l'économie gabonaise apparaît concentré à un niveau rarement observé en Afrique centrale : d'après les données de l'APEC, BGFIBank et AFG Bank distribuent à elles seules 68,75 % des encours de crédit. Derrière cette domination, se posent des questions stratégiques sur la concurrence bancaire, la résilience du système et sa capacité à financer une économie en diversification.

Les chiffres publiés par l'APEC sont éloquents : selon la situation arrêtée à fin juin 2026, 2 439,35 milliards de FCFA de crédits circulent dans l'économie gabonaise. Mais ce total masque une réalité bien moins distribuée qu'il n'y paraît. BGFIBank, leader incontesté,   détient selon l'APEC 1 937,88 milliards de FCFA de crédits (40,65 % de parts de marché), sur un total actif de 2 132,18 milliards. L'association indique que son réseau de 23 agences, dont 17 concentrées à Libreville, en fait l'établissement bancaire le plus implanté territorialement du Gabon.

AFG Bank occupe la deuxième position avec, d'après l'APEC, 1 339,39 milliards de FCFA en encours (28,10 %), soit un total actif de 1 770,53 milliards réparti sur 23 agences également. Ensemble, ces deux banques cumulent selon les données officielles 3 277,27 milliards de FCFA en crédits. Elles canalisent pratiquement 7 francs prêtés sur 10 dans l'économie gabonaise. Pour mesurer la profondeur de cette concentration, il suffit de l'observer sous différents angles. Au-delà du simple poids en encours, c'est la structure même du financement qui s'en trouve redéfinie.

Une économie dépendante d'un duopole

La concentration de 68,75 % chez deux établissements n'est pas une anomalie sectorielle. C'est une dépendance structurelle. Lorsqu'une économie finance ses investissements à travers deux canaux principaux, elle s'expose à un risque systémique clair : si l'un de ces deux acteurs ralentit sa distribution de crédits, les entreprises et les ménages n'ont nulle part ailleurs à se tourner. Comparons avec la situation en Afrique centrale. Au Cameroun, les cinq principales banques contrôlent 60 % du marché. En Côte d'Ivoire, le ratio est de 65 %. Le Gabon (68,75 % pour deux banques) se situe donc au-delà de la concentration habituelle pour la région.

Une concurrence de marché atténuée

Derrière une façade de huit banques agréées se dissimule une réalité : les six autres établissements partagent moins du tiers des crédits distribués. Cette fragmentation des acteurs secondaires—UGB (9,39 %), Orabank (8,82 %), Ecobank (4,75 %), UBA Gabon (4,55 %), Citibank (3,50 %) et BCEG (0,23 %)—affaiblit leur capacité à offrir des alternatives crédibles aux emprunteurs.

La concurrence, en économie bancaire, se joue rarement sur un seul critère (taux, montant, durée). Elle se joue aussi sur la relation commerciale, la connaissance du client, la proximité relationnelle. Avec 17 agences Libreville concentrées chez BGFIBank, l'effet réseau joue en sa faveur : une entreprise libelloise n'aura souvent d'autre choix que de négocier avec le leader.

Une intermédiation financière hétérogène

Là où les analyses bancaires deviennent intéressantes, c'est lorsqu'on examine comment chaque établissement transforme les dépôts en crédits—ce que les financiers appellent le ratio de transformation. Selon l'APEC, BGFIBank et AFG Bank affichent des ratios de transformation situés respectivement à 90,92 % et 75,62 %. Autrement dit, elles prêtent quasi-systématiquement l'intégralité de ce qu'elles collectent. C'est une utilisation intense de la base de dépôts, économiquement efficace mais financièrement risquée : peu de coussin pour absorber une retraite massive de dépôts.

À l'inverse, les données de l'APEC précisent qu'Ecobank affiche un ratio de transformation de 19,83 %, le plus faible du secteur. Ses dépôts collectés (1 142,32 milliards) ne financent que 226,53 milliards en crédits. Où va le reste ? Probablement en placements de court terme, en titres d'État, en trésorerie. C'est une posture prudente, voire défensive, qui suggère une stratégie de crédit plus sélective ou une moindre appétence pour le risque de crédit.

D'après l'APEC, Citibank, avec seulement deux agences mais 57,31 % de couverture des dépôts en trésorerie, illustre un modèle très différent : un établissement international privilégiant la liquidité et la solidité plutôt que la maximisation du volume de crédits.

Des signaux d'alerte partiels

Une donnée publiée par l'APEC requiert de l'attention : selon l'association, UBA Gabon affiche un taux de provisionnement des créances douteuses de 33,71 %, nettement en-dessous de la moyenne sectorielle de 90,36 %. L'APEC indique que cela ne signifie pas nécessairement une fragilité de cet établissement—il peut refléter une meilleure qualité de portefeuille ou une stratégie différente de provisionnement—mais cela constitue un point à monitorer. Les créances en souffrance, c'est l'ombre qui suit chaque portefeuille de crédit.

Une croissance de 12,69 % : concentration ou approfondissement ?

Selon l'APEC, le marché du crédit a augmenté de 12,69 % au premier semestre 2026 par rapport à fin décembre 2025. C'est une progression saine, signe d'une demande de financement toujours présente.

Mais cette croissance a-t-elle réduit ou accentué la concentration ? Les données publiées par l'APEC suggèrent l'accentuation. Si BGFIBank et AFG Bank ont augmenté leurs crédits au rythme moyen du marché, voire au-dessus, elles renforcent leur part de 68,75 %. Si elles ont augmenté plus lentement, elles cèdent du terrain—mais à qui ? À Ecobank, qui reste prudent ? À UGB et Orabank, ces challengers du tiers marché ?

Sans voir les chiffres détaillés par établissement, on peut imaginer deux scénarios. Scénario optimiste : les challengers croissent plus vite, réduisant progressivement la concentration. Scénario de statu quo (plus probable) : les deux géants absorbent la majorité de la croissance, pérennisant leur domination.



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